Plus de cinq ans après le fameux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, où ce dernier avait déclaré que l'homme africain n'était "pas assez entré dans l'histoire", François Hollande "veut tourner une page". Telle est l'analyse de Pierre Boilley, directeur du Centre d'études des mondes africains pour Metro. A Bamako ce samedi, devant une foule en liesse, le président a tenu à exprimer au peuple malien sa "gratitude". "Oui, nous devions être là", a-t-il martelé. "Je n'oublie pas que quand la France a été elle même attaquée, lorsqu'elle était menacée, qui est venu alors ?"a-t-il demandé sous les clameurs de la foule. "C'est l’Afrique, c'est le Mali, merci ! Nous payons aujourd’hui notre dette a votre égard", a-t-il assuré. "Une façon de se démarquer de son prédécesseur, de rétablir les relations avec les Africains", souligne le chercheur. Quitte à verser dans la "démagogie".

Exit les questions qui fâchent

Il faut dire que "François Hollande ne pouvait pas choisir meilleur moment pour se rendre au Mali", affirme l'historien. "L'armée française a fait un sans faute et les salafistes sont en déroute". Mais l'opération Serval n'est pas finie. Le président le sait, et l'a d'ailleurs souligné sur la place de l'Indépendance. Après que son homologue africain Dioncounda Traoré a énuméré devant des centaines de Maliens surexcités les récentes victoires des troupes françaises et maliennes - Diabali Gao et Tombouctou – le président français a insisté : "Oui le terrorisme a été repoussé, oui il a été chassé, mais il n'a pas encore été vaincu". Et en particulier à Kidal, à l'extrême nord-est du pays.

François Hollande sait que l'opération malienne y sera certainement plus complexe. "Contrôlée par le MLNA et le Mia, l'armée malienne malienne n'y est pas la bienvenue", note le spécialiste. Un sujet que François Hollande a préféré éclipser. Exit aussi la question de la "légalité constitutionnelle de l'armée malienne". Pierre Boilley souligne en effet que l' "on travaille avec une armée de putschistes sur le terrain", pointée pour ses exactions sur les civils et dont on ignore précisément le rôle qu'elle pourra jouer dans un Mali réunifié. "Mais les sujets qui fâchent", Hollande préfère ne pas en parler. Pour le moment.