Au Sahel, une crise en chasse une autre. La pluie ayant été très rare en 2011, les stocks de céréales sont, pour la plupart, déjà vides alors que la population doit tenir jusqu'en septembre, date de la prochaine récolte. Dans les quelque 276 centres nutritionnels mis en place par l'Unicef dans la bande sahélienne du Tchad, le nombre d'enfants pris en charge en janvier et février est en augmentation de 34% par rapport à 2011.
"On estime à 127 000 le nombre d'enfants de moins de cinq ans qui souffriront de malnutrition en 2012", explique Roger Sodjinou, responsable nutrition de l'Unicef au Tchad. "Nous en hospitaliserons 13 000 d'entre eux, les plus sérieux. En pourcentage de la population, le Tchad est le pays le plus touché".
Les causes de la crise sont nombreuses et complexes. Dans le Kanem, une région frontalière du Niger à l'ouest du pays, la production agricole ne couvre que 2% des besoins. "Ce n'est pourtant pas la cause principale", ajoute Roger Sodjinou. "On essaie de sensibiliser la population sur un certain nombre de pratiques inadéquates. Ici par exemple, le taux d'allaitement naturel est très bas (environ 3%). Les mères donnent de l'eau à leurs enfants qui ne bénéficient pas d'apports nutritifs suffisants. De même, pour traiter les maux de ventre et diarrhées, la culture locale préconise les brûlures de l'anus, scarifications et autres ablations de la luette".
Vivant dans des conditions de précarité extrême, sujets à des infections respiratoires dues au sable, les enfants son souvent présentés aux équipes médicales dans un état de malnutrition aiguë sévère. Au centre de Mondo, un village situé 50 kilomètres plus au sud, 22 décès ont déjà été enregistrés sur 148 admissions en 2012.
Un autre phénomène aggrave cette année une crise dont on ne connaît pas encore vraiment l'ampleur : à l'image d'Ousmane (lire le témoignage), environ 90 000 travailleurs exilés tchadiens sont rentrés de Libye au moment de la chute de Kadhafi. Sans argent et sans travail, ils sont revenus pour cultiver une terre aride qui ne génère pas assez de revenus.














