Il a juré, la main levée, de dire la vérité. Celle-ci reste pourtant prisonnière du secret, à l'issue de la longue audition de Jérôme Cahuzac par la commission d'enquête parlementaire ce mercredi. Au cœur du plus gros scandale de l'ère Hollande, l'ancien ministre du Budget, accusé de fraude fiscale, s'est en effet révélé très doué aussi dans l'esquive. Durant plus de deux heures, la mine sombre, Jérôme Cahuzac n'aura pas cédé, refusant à de nombreuses reprises de répondre aux questions des parlementaires, dont l'agacement s'est rapidement fait sentir. "Monsieur Cahuzac n'est visiblement pas venu répondre aux questions", s'est irrité le député Philippe Houillon, en pleine audition.

Prenant des notes, isolé par des chaises vides, l'ancien ministre a demandé à plusieurs reprises aux députés de ne pas lui demander d'"étaler ses sentiments personnels". Ces derniers ont à maintes reprises tenter d'obtenir des réponses : que savaient son ministre de tutelle de l'époque, le patron de Bercy, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault ou François Hollande ? Rien, à en croire l'ex-ministre du Budget, évoquant une "muraille de Chine" érigée autour de lui, l'empêchant d'être informé de tout ce qui concernait l'affaire. Son mensonge, il le "craint", ces derniers l'ont cru.

"Une audition pour rien"

Quant à l'administration fiscale, que d'aucuns estiment qu'elle a mal fait son travail dans cette affaire, "elle a fait du mieux qu'elle pouvait", a insisté Jérôme Cahuzac. Interrogé plusieurs fois sur les banques dans lesquelles il avait placé l'argent à l'étranger et sur le mécanisme juridique utilisé pour cela, sur les dates de transferts et ses déplacements en Suisse, le ministre, stoïque, a encore une fois refusé de répondre. A ces yeux, ces questions "empiètent pleinement sur l'information judiciaire en cours".

Les députés, piqués au vif, sont vite à court de questions. La cinquantaine de journalistes présents dans la salle soupire. Les rangs se vident. Le grand déballage tant attendu n'aura pas lieu. Prisonnier de ses contradictions, refusant de commenter ses récentes interviews dans la presse où il se présentait comme le "bouc-émissaire" politique, Jérôme Cahuzac assume seul sa faute. "Je suis victime de moi-même et de personne d'autre", lâche-t-il.

Il n'y a pas eu non plus d'excuses, pourtant tant réclamées par les députés de l'assemblée devant lesquels il a menti et par ses amis du gouvernement. Le ton a été donné dès le début de l'audience. Interrogé pour savoir s'il comptait faire une déclaration liminaire, Jérôme Cahuzac s'y refuse. Une déclaration suivie d'un "oh" de surprise et de protestation des élus présents. La déception est palpable, dans la salle feutrée de l'Assemblée comme dans les couloirs."Une audition pour rien pour nous et une occasion ratée pour Cahuzac de se réconcilier avec les députés et les Français", résume, amer, le député UMP Daniel Fasquelle à l'issue de l'audition.