C'est certain : rouler au gazole nuit à votre santé, et à celle de votre entourage. Le ministère de l'Ecologie a l'habitude de citer le chiffre de 42.000 morts par an, une donnée de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) encore reprise cette semaine par la ministre Delphine Batho. Sa collègue écologiste, Cécile Duflot, évoque même 44.000 morts.

Le diesel est bien cancérigène.
Classé comme cancérogène probable depuis 1998 par l'OMS, le diesel a été hissé en juin dernier au rang de "cancérogène certain". Sur la base de nouvelles études, le centre de recherche sur le cancer de l'OMS (CIRC) a conclu que les sujets les plus exposés aux émissions de moteurs diesel ont trois fois plus de risques de développer un cancer du poumon. Le risque de cancer de la vessie est aussi accru, dans une moindre proportion.

En France, précise l'Institut national de recherche du cancer, les particules fines diesel seraient responsables en 2011 "d’environ 1.000 à 1.500 nouveaux cas de cancer du poumon, sur les 39.500 nouveaux cas estimés, et de 600 à 1.100 décès." Significatif, donc, mais loin des 42.000 régulièrement avancés par le ministère de l'Ecologie. 

Quand Jean-Vincent Placé, président du groupe Europe Ecologie-Les Verts au Sénat, estime que le diesel resterait responsable d'une "bonne moitié" des plus de 40.000 morts évoqués par l'OMS, il ne parle donc pas des cancers. Pour qu'il ait raison, il faudrait donc que 20.000 morts soient imputables aux autres maladies respiratoires et cardiovasculaires provoquées spécifiquement par les particules diesel. Et ça, aucune étude ne l'a encore prouvé.

Ne pas confondre particules fines et diesel.
Lier directement le chiffre de l'OMS aux moteurs diesel est une erreur, et le ministère de l'Ecologie le sait bien. Car cette estimation - c'est bien une estimation, pas un décompte - est celle du nombre de morts liés à l'exposition aux particules fines.

Or selon les propres données du ministère de l'Ecologie, la majorité de ces particules (40%) sont émises par la combustion de bois, principalement pour le chauffage domestique. L'industrie génère 31% de ces particules, et les transports seulement 14% du total. Certes, dans les grandes villes - où les particules fines sont un des principaux risques pour la santé des populations - cette proportion peut monter à 70%. Mais le raccourci reste rapide entre les estimations générales de l'OMS et le diesel.