Quand il arrive en hélicoptère sur le lieu de l’avalanche, l’adjudant Pierre-Yves Riche du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Grenoble sait que chaque minute compte. Les chances de retrouver des survivants s’amenuisent à mesure que le temps passe. Deux jours après la coulée de neige qui a tué deux lycéens et un Ukrainien de 57 ans sur une piste fermée des Deux-Alpes (Isère), le gendarme revient pour metronews sur l’opération de secours qu’il a pilotée.

Quand vous arrivez sur place, que constatez-vous ?
D’abord, il faut adopter une vision générale de ce qui a été ou pas fait. Je sais qu’un lycéen a pu se dégager seul et est indemne. Je le récupère pour l’interroger et connaître le nombre de victimes potentielles. Il me dit qu'il faisait partie d’un groupe de dix jeunes et un professeur. Potentiellement, nous partons donc sur 1onze victimes ensevelies. Le chantier des recherches est énorme. D’autant qu’un témoignage jugé solide d’un moniteur fait état d’au moins 20 personnes dans la zone de ski lorsque l’avalanche s’est déclenchée. Le bilan risquait donc d’être très lourd.

"Très rapidement, on voit une chaussure dépasser de la neige"

Quels sont vos premiers ordres ?
La première phase est celle de la recherche. Mon job est de coordonner les différents acteurs. Avec évidemment le risque de sur-accident sur la zone de recherches. Dès qu’un secouriste, maître-chien ou sondeur part sur la zone, nous nous assurons qu’ils sont porteurs d’un détecteur de victimes d’avalanches (DVA) et nous enregistrons son nom. Les équipes cynophiles interviennent et on repère les indices de surface. Très rapidement, on voit une chaussure dépasser de la neige. C’était le professeur, la deuxième victime à avoir été extrait. Si la chaussure n’avait pas dépassé, je pense qu’il ne serait pas en vie aujourd’hui. On l’a récupéré inconscient en hypothermie. Son corps était à 31°C.

Vous saviez que vous recherchiez des adolescents. Est-ce pareil que pour des adultes ?
Nous travaillons de la même façon. Mais évidemment, émotionnellement, c’était très intense. Et jusqu’à la fin, nous pouvions découvrir un corps. En bas de la coulée, la couche de neige s’était amoncelée sur dix mètres. Il a fallu faire venir les machines pour enlever des couches de 50 cm de neige jusqu’à ce qu’on puisse toucher le sol avec les sondes et être certains qu’il n’y avait plus personne sous la neige.

Vous saviez aussi qu’il y aurait une enquête. Comment être certain de ne pas faire disparaître des preuves pendant l’opération de secours ?
La priorité, c’était les secours. Le fait de faire très rapidement une enquête d’environnement, on était déjà dans le judiciaire. Des photos aériennes ont été prises, d’autres depuis le bas. Toutes les personnes impliquées ont été entendues. J’ai demandé à des gendarmes de partir repérer la partie haute de l’avalanche pour voir les traces et vérifier que la piste avait bien été fermée par les services de la station. La partie enquête ne peut pas empiéter sur la partie recherche. Mais j’avais d’importants moyens humains à disposition : 8 gendarmes du PGHM, 7 autres de la brigade des Deux-Alpes et au moins 120 personnes sur le site, à savoir des secouristes, des pisteurs, des volontaires.

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