Une lueur d'espoir dans le désastre. U ne survivante a été retrouvée vendredi dans les ruines de l'immeuble effondré le 24 avril au Bangladesh. "Elle a été localisée dans un trou entre une poutre et un pilier. Elle avait peut-être des réserves d'eau ou a peut-être bu un peu de l'eau que nous avons injectée dans le bâtiment", a déclaré à l'AFP le chef des pompiers, Ahmed Ali. Les autorités espèrent toujours sauver quelques ouvriers des décombres.

Au fur et à mesure que les heures passent, le bilan des victimes ne cesse toutefois de s’alourdir. L’accident industriel qui a eu lieu après l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble de neuf étages situé à Savar dans la banlieue de Dacca a fait plus de 1000 morts. Vendredi, il s’établit à 1041. Et ce nombre ne devrait pas cesser d’augmenter. L'odeur nauséabonde se dégageant des ruines et qui oblige les secouristes à utiliser masques et désodorisants, suggère que de nombreux autres corps sont encore pris au piège.

Des fissures sur les murs signalées la veille de l’effondrement

Pour la seule journée de jeudi, les secouristes, équipés de "grues, bulldozers et excavatrices", ont retiré 130 corps des décombres, a déclaré le capitaine Shahnewaz Zakaria, vendredi. Certains cadavres, en état de décomposition avancée, ont pu être identifiés grâce au téléphone portable retrouvé dans leur poche ou leur carte d'identité d'ouvrier portée autour du cou, a-t-il précisé. "La plupart des morts sont des femmes, ouvrières dans les ateliers textiles" qui se trouvaient dans le Rana Plaza, le bâtiment effondré. "Nous avons trouvé un grand nombre de corps dans la cage d'escalier et sous les escaliers. Lorsque l'immeuble a commencé à s'effondrer, les ouvriers ont pensé qu'ils seraient à l'abri sous les escaliers", a précisé le capitaine.

Les dérives de la mondialisation pointées du doigt

Le Rana Plaza abritait cinq ateliers de confection avec plus de 3 000 ouvriers à leur poste. Des fissures sur le bâtiment avaient d’ailleurs déjà été signalées la veille de l’accident par les travailleurs. Des violences ont éclaté entre la police et la population. Les manifestants reprochent aux responsables des cinq usines d’avoir ignoré la mise en garde de l’Association des fabricants et des exportateurs de vêtements qui a dénoncé les normes de sécurité défaillantes. La police a arrêté douze personnes, dont le propriétaire de l'immeuble et quatre propriétaires des ateliers, pour avoir obligé les ouvriers à revenir travailler en dépit des fissures constatées la veille sur les murs.

Une enquête préliminaire a conclu que des vibrations dues notamment à de gros générateurs mis en marche lors d'une coupure d'électricité, étaient à l'origine de l'effondrement de l'immeuble, déjà très fragilisé. Mais à ces normes de sécurité défectueuses, il faut ajouter la découverte de nombreux salariés illégaux. La plupart des victimes étaient des ouvrières, dont des adolescentes, alors que les usines textiles n'ont pas le droit d'employer de mineurs.

Cet accident met également en lumière les dérives du commerce international. Face à la récurrence de telles tragédies, plusieurs ONG mettent en cause l'exploitation des salariés du tiers-monde par les industries textiles européennes et nord-américaines. Le Bangladesh, deuxième pays exportateur de vêtements au monde derrière la Chine, emploie 3,6 millions d'ouvriers, principalement des femmes, dans l'industrie de la confection.