Le ménage a commencé dans les institutions du Vatican. Un prélat, un membre des services secrets italiens et un intermédiaire financier ont été arrêtés vendredi dans le cadre d'une enquête de la justice italienne sur l'Institut des oeuvres de religion (IOR), la banque du Vatican, ont annoncé les médias italiens.

Contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, le prélat arrêté, Mgr Nunzio Scarano, n'est pas l'évêque de Salerne (sud de l'Italie) mais un prêtre appelé "monseigneur", titre honorifique donné simplement en raison de son ancienneté au Saint-Siège, a précisé le conseiller en communication du Vatican. Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a indiqué que le prélat, membre de l'Administration du patrimoine du siège apostolique(APSA), l'organisme qui gère les biens du Vatican, avait été suspendu "depuis environ un mois, quand ses supérieurs ont su qu'il était sous enquête".

Soupçons de fraude et corruption

Les trois arrestations ont eu lieu pour des soupçons de fraude et de corruption, dans le cadre d'un volet indépendant d'une vaste enquête lancée par la justice italienne en septembre 2010 qui visait le président de l'IOR Ettore, Gotti Tedeschi, et le directeur général Paolo Cipriani de l'époque pour violation de la législation contre le blanchiment d'argent. Ce volet porte sur le rapatriement en Italie de 20 millions d'euros en espèces depuis la Suisse, indiquent les médias italiens. L'argent appartiendrait à des amis de Mgr Scarano et le fonctionnaire du contre-espionnage italien arrêté se serait engagé à faire rentrer l'argent en Italie à bord d'un avion privé, moyennant une récompense de 400.000 euros, selon la même source.

Le IOR gère 19.000 comptes appartenant en majorité au clergé catholique, soit environ 7 milliards d'euros, et donc aussi bien ceux de la soeur philippine qui fait ses études à Rome que des évêques et cardinaux ou de certains diplomates, ainsi que les transferts d'argent des congrégations religieuses. Au fil des ans, des scandales retentissants ont entaché sa réputation, des milieux criminels ayant profité de l'anonymat ou de prête-noms pour y blanchir leurs fonds. Le plus important avait été en 1982 la faillite du Banco Ambrosiano, un scandale bancaire qui mêlait CIA et loge maçonnique. L'affaire Enimont (1993) de pots-de-vins à des partis politiques italiens a aussi éclaboussé l'IOR et plus récemment, le tribunal de Rome a détecté des cas de blanchiment d'argent mafieux à travers les arcanes de la banque.

Le nouveau président du IOR, l'Allemand Ernst von Freyberg, nommé quelques jours avant la démission de l'ancien pape Benoît XVI, a entrepris de faire vérifier un par un les comptes du IOR par l'Agence américaine de consultants financiers Promontory. Ces dernières années, le Vatican a renforcé à plusieurs reprises les mécanismes de contrôle du IOR. Le dernier en date a été créé il y a deux jours par le pape François sous la forme d'une commission spéciale ne répondant qu'à lui, pour contrôler les activités du IOR.