Vous avez passé quatre ans au plus près d'Obama et de ses conseillers. Quelle est selon vous leur plus grande erreur durant son mandat ?
Elle vient à mon avis de leur plus grand succès. Ils ont tout de suite réussi à éviter que la crise financière devienne une nouvelle crise de 1929. Mais ensuite, Obama a essayé de transformer le pays en profondeur, avec sa réforme-phare sur l'assurance maladie, et il a oublié de gérer le court terme : le chômage et la crise. Ceux-ci se sont installés et ont totalement plombé sa cote de confiance. Ceci dit, si une grande majorité d'Américains n'adhère plus à sa politique, surtout économique, les sondages montrent qu'ils gardent une bonne image du Président sur le plan personnel. C'est probablement d'ailleurs son principal atout pour être réélu.

Pourquoi reste-t-il malgré tout populaire ?
C'est quelqu'un qui a réussi à dépolitiser son image. Il a révolutionné la communication présidentielle en s'adressant aux Américains de manière très large. Dans les deux premières années de son mandat, il a donné plus de 300 interviews, mais pas qu'au New York Times ou au Washington Post : à des magazines people, de sport, de mode... Et puis, il faut souligner qu'il n'y a eu aucun scandale pendant son administration. C'est assez rare.

Qu'avez-vous découvert sur sa personnalité dans les coulisses de la maison Blanche ?
J'ai appris que contrairement à l'idée qu'on s'en faisait en 2008, quand on était séduit par son lyrisme et sa capacité à produire du rêve politique, Barack Obama est tout sauf un sentimental. C'est un homme politique ultra-exigeant, méthodique. Un calculateur froid, accro à l'analyse coûts-bénéfices. Il a d'ailleurs très bien géré le processus décisionnel à la Maison Blanche, ce qui lui a permis de faire les bons choix, comme le feu vert donné pour lancer l'opération extrêmement risquée contre Ben Laden. Ce qui m'a frappé également, c'est son positionnement extrêmement centriste. Obama est une sorte d'addict du compromis. Cet homme extrêmement intelligent déteste taper du poing pour imposer sa volonté. Il a besoin de convaincre. Sa faiblesse, c'est qu'il n'aime pas la politique avec un petit "p".

Dans quel état d'esprit aborde-t-il cette campagne ?
J'ai longuement interviewé son monsieur sondage, Joel Benenson. Ils sont assez confiants pour deux raisons. La première est de mathématique électorale. Aux Etats-Unis, il faut avoir 270 grands électeurs pour être élu. Et pour l'instant, les démocrates ont la majorité dans leurs calculs, principalement parce que dans les Etats ayant beaucoup d'électeurs, comme l'Ohio ou la Pennsylvanie, le taux de chômage leur est favorable. La deuxième raison, c'est que pour eux Mitt Romney est un grand atout. C'est un millionnaire, banquier, froid, distant, presque robotique, et la classe moyenne a du mal à s'identifier à lui. Aujourd'hui, l'élection est très ouverte. Mais il y a quand même un petit avantage à Obama.