Bernadette Dimet, bientôt 60 ans, comparaîtra libre. Mais devant la cour d’assise de Grenoble, à partir de ce jeudi 4 février, c’est bien de l’assassinat de son mari dont elle devra répondre, pour lequel elle risque la perpétuité. Les faits se déroulent deux ans plus tôt - le 2 janvier 2012 - à Parmilieu (Isère), tranquille commune de 700 âmes. Ce jour-là, une dispute éclate chez Bernard et Bernadette Bert. Un objet longiligne emmailloté dans une couverture bleue sous le bras, Bernadette Bert sort de chez elle et se dirige en trombe vers une clairière. Son époux la rattrape. Il sait que c’est un fusil chargé qu’elle transporte. Chasseur depuis toujours, c’est lui-même qui lui a montré comment s’en servir. Dans ce pré, alors que seul le canon les sépare, Bernard s’avance. Et Bernadette tire, deux fois. La seconde balle est mortelle.

Avait-elle l’intention, au terme de sa fuite, de mettre fin à ses jours ? Où souhaitait-elle plutôt attirer son mari dans la clairière pour commettre l’impensable ? Ces questions, qui interrogent sur la préméditation du crime, forment tout l’enjeu de ce procès. Aux gendarmes, à plusieurs reprises, Bernadette Dimet - du nom de jeune fille qu’elle a récupéré depuis le crime - affirme ne jamais avoir voulu lui donner la mort. Mais au fur et à mesure des investigations, les enquêteurs découvrent le vrai visage de la victime : un homme violent et difficile. Décrit par l’entourage du couple comme un personnage "taciturne, peu loquace, peu sociable et doté d’un très mauvais caractère", Bernard Bert, carreleur de profession, apparaît bientôt comme l’archétype du mari frappeur. En garde à vue, sa femme, avec qui il a eu deux fils, finit d’ailleurs par avouer être la cible de ses violences verbales, physiques et sexuelles depuis leur mariage… 39 ans plus tôt. Et puis c’est au tour d’un lourd secret de famille de resurgir : en 1976, Bernard Bert a fait un passage en prison, reconnu coupable d'agressions sexuelles sur les deux soeurs de son épouse. 

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Une nouvelle Jacqueline Sauvage ? 

Quelques jours seulement après que François Hollande a accordé une grâce partielle à Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans en appel pour le meurtre de son mari violent et incestueux, voilà une affaire qui résonne d’une manière particulière dans l’actualité. Bernadette Dimet est-elle une nouvelle Jacqueline Sauvage ? La clémence présidentielle à l’égard d’une femme battue peut-elle jouer en faveur de cette accusée, elle aussi victime de violences, de brimades et d’humiliations pendant des décennies ? Pour Frédéric Doyez, avocat de Bernadette Dimet, il existe bien des "dénominateurs communs" entre ces deux dossiers. Contacté par metronews, il précise : "On ne peut pas nier quelques ressemblances. Ma cliente est une femme battue, mise sous la pression de son mari pendant des années. Elle était une esclave plutôt qu’une épouse, une martyre du quotidien qui partageait avec son mari une vie de couple archaïque. Comme Jacqueline Sauvage, Bernadette Dimet a vécu sa peur dans le silence, sans jamais prendre la parole. Comme elle, on lui reproche aujourd’hui de ne pas avoir su partir pour de bon."

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Mais la ressemblance, selon l’avocat, s’arrête là. Car Frédéric Doyez ne souhaite pas - comme ce fut le cas pour la défense de Jacqueline Sauvage - plaider la légitime défense. "Je m’attacherai plutôt à démontrer qu’il n’y a pas eu de préméditation dans ce crime. J’essaierai de décrire un homicide volontaire commis dans un contexte très particulier de désespoir, qui a duré 39 ans, aux côtés d’un homme terrible." Une fois, pourtant, Bernadette Dimet a essayé de s’enfuir. Un mois avant le drame, elle est partie vivre de son côté. Mais harcelée, menacée de mort par son mari, elle a fini par revenir… sous contrat. Une lettre écrite de la main de l’accusée, retrouvée dans sa chambre par les enquêteurs, stipulait ainsi : "Pour éviter de me faire tuer, je reste à la maison, tu me fais la promesse de ne pas vouloir me tuer et de me laisser tranquille, si je reste jusqu’au début de l’année 2012." Le document est signé de Bernard, d’un laconique "bon pour accord".

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