C'était attendu : la banque française BNP Paribas essuie une lourde perte de 4,3 milliards d'euros au deuxième trimestre. Et ce, après avoir accepté de payer, fin juin, une amende historique aux Etats-Unis. Accusée d'avoir réalisé des opérations en dollars avec des pays sous embargo économique américain, le premier groupe bancaire français a plaidé coupable et versé 6,6 milliards d'euros, la sanction la plus lourde jamais infligée à un établissement étranger outre-Atlantique. Conséquence directe : la première perte trimestrielle de l'établissement depuis la fin 2008 lors de la catastrophe de la faillite de Lehman Brothers. La banque est dans le rouge, sur les comptes du moins. Car en réserve, elle peut compter sur 240 milliards d’euros en liquidités.

"Des pertes pareilles, il faudra les essuyer, c'est une réalité. Quelqu'un va payer la note, cela ne fait aucun doute", nous affirme Reine-Claude Mader, présidente de l'Association nationale de défense des consommateurs et usagers, la CLCV. Mais qui paiera ? "La banque peut décider d'augmenter des prestations, à moins que les répercussions ne se fassent du côté du personnel de la boîte", suppose la présidente de la CLCV.

La pilule amère pour 60.000 salariés

Les clients de la BNP en première ligne ? Dans une lettre envoyée à ses clients début juillet, le patron de la BNP, Jean-Laurent Bonnafé, l'a pourtant formellement exclu : "Je m’engage à ce que ce sujet spécifique n’ait absolument aucun impact sur vous (…). La sécurité de vos avoirs chez BNP Paribas est une évidence. Et notre politique tarifaire ne sera bien sûr pas modifiée", a-t-il promis à ses 6 millions de clients.

"Le choc de l'amende est acté, je ne pense pas qu'il y aura des répercussions particulières", nous assure Cyril Blesson, économiste, co-fondateur de la revue spécialisée Les cahiers de l'épargne. Pour le spécialiste, "augmenter les taux de crédit serait une erreur alors que la concurrence est très forte sur le marché et que le crédit reste un produit d'appel pour les banques". Pour Cyril Blesson, la BNP "reste une banque fiable et solide". Pas d’inquiétude à avoir, donc, pour le "client lambda". Quant aux actionnaires de la BNP, le groupe s'est également voulu rassurant, en confirmant jeudi son intention de verser un dividende de 1,5 euro par action au titre de 2014, un montant équivalent à celui de l’an dernier.

En fin de compte, la facture pourrait ne se faire sentir que du côté des cadres et des employés de la banque. En effet, selon Le Canard enchaîné paru ce mercredi, outre une quarantaine de cadres sanctionnés au sein de la boîte à la suite de la condamnation américaine (licenciés ou rétrogradés), "la pilule est amère" pour les 60.000 salariés de BNP France. En effet, d'après le président du syndicat national des banques, cité dans le journal, ces derniers "vont payer trois fois cette affaire" : d'abord en étant "privés de tout intéressement cette année", ensuite en se voyant "limiter sérieusement les augmentations de salaire", et enfin parce qu'ils héritent d'une "grosse pression sur les objectifs pour rattraper le prix" de la sanction américaine. C'est ce que l'on appelle mettre ses salariés à l'amende.