Le principe est appelé "toilettes au robinet". Imaginez que les eaux usées, celles de votre lave-vaisselle, de votre douche, ou bien sûr de vos toilettes, finissent dans votre verre à boire. Aux États-Unis, en Australie ou encore à Singapour, quelques villes expérimentent le recyclage des eaux dites polluées en eau potable pour faire face aux sécheresses et à la croissance démographique.

Mais comment l'eau des toilettes peut-elle devenir une source fiable ? Peter Scales, un ingénieur chimiste de l'université de Melbourne en Australie a expliqué le processus à la BBC. Tout d'abord, il faut filtrer les éléments solides et visqueux. Ensuite, les plus petites particules sont traitées et l'eau passe sous ultraviolets pour être stérilisée. "On peut fournir une eau très pure, souvent encore plus pure que celle contenue dans les réservoirs et les rivières", a-t-il conclu.

"L'effet beurk"

Si vous avez pourtant grimacé en lisant ce titre, c'est normal. Les psychologues ont même baptisé cette réaction "l'effet beurk", le principal ennemi de ce type de recyclage. Selon une étude menée par l'université de Pennsylvanie sur 2000 adultes, 13% des personnes ont catégoriquement refusé de goûter cette eau, pourtant nettoyée, contre 49% d'entre elles qui ont souhaité tenter l'expérience. Le reste des participants est resté indécis.

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Malgré le dégoût, le bilan semble plutôt bon dans les villes pilotes. À Orange County en Californie, le rapport de 2015 révèle que les "toilettes au robinet" en place depuis huit ans ont abreuvé les 850.000 habitants de l'agglomération. Grâce à la plus grande station d'épuration des eaux usées dans le monde, la ville a produit 370 millions de litres d'eau par jour. À titre comparatif, le centre de production d'eau potable de Saint-Marthe pour l'agglomération de Marseille, à peine plus peuplée qu'Orange County, produit 420 millions de litres par jour.

60% de l'eau pour une ville moyenne

À Singapour, l'usine locale produirait même 30% de la demande en eau du pays, certes de petite taille. En Australie, la ville de Perth située dans l'une des régions les plus sèches du monde, produit 43% de son eau potable grâce au traitement des eaux usées et salées. Enfin, selon les médias américains, même Los Angeles pourrait adopter la tendance prochainement.

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"Ce processus est moins cher, et c'est une ressource garantie", justifie Peter Scales. Selon lui, une ville de taille moyenne pourrait réduire de 60% ses besoins en eaux en recyclant ses eaux en apparence perdues. Toujours pour la BBC, Anas Ghadouani, ingénieur environnemental pour l'université d'Australie-Occidentale a témoigné : "Si l'on doit vraiment lui trouver quelque chose, l'eau recyclée a un léger goût sucré." Alors, rassurés ?

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