Un rien ridicule, son surnom n'en est pas moins terrifiant : "Terminator". Général rebelle de République démocratique du Congo (RDC), Bosco Ntaganda est l'un des sombres figures qui mettent depuis vingt ans l'Afrique centrale à feu et à sang. Objet, depuis 2006, d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, il s'est rendu lundi, à la surprise générale.

Le parcours de Ntaganda est un résumé tragique des nombreux conflits qui ensanglantent la région des Grands lacs depuis deux décennies. Né au Rwanda dans une famille tutsi, il s'engage à 20 ans sous la bannière du Front patriotique rwandais, qui met fin au génocide des Tutsi par les Hutu en 1994. Deux ans plus tard, il participe à la rébellion victorieuse de Laurent-Désiré Kabila contre le maréchal Mobutu en RDC. Après un bref passage dans l'armée congolaise, il déserte rapidement pour se lancer dans la rébellion. C'est dans l'Ituri (nord-est de la RDC), que ses méfaits commis entre 2002 et 2003 aux côté des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) lui valent un mandat d'arrêt de la CPI.

Après l'Ituri, le Kivu


Nommé général en 2007, Ntaganda renverse l'année suivante Laurent Nkunda, le chef charismatique et illuminé d'une autre rébellion, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). EN 2009, il gère l'intégration du CNDP dans l'armée nationale. Mais les ONG l'accusent de garder la main sur ses combattants pour exploiter illégalement les minerais dont regorgent les sous-sols de l'Est congolais. Après une nouvelle défection de l'armée en 2012, il fonde selon Kinshasa une énième rébellion : le M23, qui combat l'armée depuis un an dans le Nord-Kivu.

La scission récente du M23 a-t-elle provoqué sa reddition ? A-t-il finalement été lâché par le Rwanda, que l'ONU accuse de soutenir le M23 ? Toujours est-il que "Terminator" s'est réfugié lundi à l'ambassade des Etats-Unis au Rwanda, réclamant lui-même son transfèrement à la CPI. Il doit doit intégrer vendredi les quartier pénitentiaires de la Cour à La Haye (Pays-Bas). C'est là qu'il attendra, comme le dernier arrivé, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, son éventuel procès.

Bombarder, tuer, piller, violer

Rien qu'entre 2002 et 2003, Bosco Ntaganda est accusé d'enrôlement d'enfants-soldats, de meurtres, de pillages et de viols dans l'est du Congo. Le mandat d'arrêt de la CPI décrit le modus operandi des FPLC, consistant à encercler un village et à le bombarder à l'artillerie lourde, avant de l'attaquer à l'arme à feu et à la machette. Les villages en question étaient ensuite pillés puis brûlés, et les femmes enlevées pour subir les pires atrocités.

"Aujourd'hui, ceux qui ont souffert de (sa) main peuvent se réjouir du futur et de la perspective que justice soit rendue", s'est félicitée vendredi Fatou Bensouda, procureur de la CPI. En novembre, elle avait estimé que Ntaganda était l'un des "principaux instigateurs de l'instabilité qui prévaut sur l'ensemble de la région des Grands Lacs". Son arrestation ne signifie pas pour autant la fin du cauchemar des civils : car à l'image de Joseph Kony, d'autres seigneurs de guerre sanguinaires écument toujours la région.