"C'est évident que c'est un beau gosse", affirme Karima, une habitante de New York. Ce "beau gosse", c'est Dzokhar Tsarnaev, le jeune homme, accusé avec son défunt frère Tamerlan, d'avoir tué deux femmes et un garçon de 8 ans et blessé plus de 260 personnes dans l'attentat à la cocottes-minute piégée perpétrée sur la ligne d'arrivée du Marathon de Boston, le 15 avril dernier. Karima, qui préfère ne pas dévoiler son nom de famille, est, elle, persuadée de son innocence.

"En ce qui me concerne, je ne le vois pas comme un gars mignon, raconte-t-elle. Mais plutôt comme quelqu'un qui s'est bien fait piéger. Ce qui aurait pu arriver à moi où à n'importe qui. Je n'abandonnerai jamais." Elle ajoute qu'au début, "il y avait beaucoup de d'ados fans de Dzokhar, mais leur nombre a diminué parce que nous les avons écartées assez vite".

Correspondance avec la mère du suspect

Karina faisait partie des quelques personnes qui étaient présentes lors de la présentation du jeune immigré tchétchène devant la cour fédérale le 10 juillet. Et elle entend le refaire le 23 septembre, lors de sa deuxième présentation, comme lors du procès, qui devrait se tenir dans trois mois. Karina explique qu'elle a soutenu Dzokhar en manifestant (devant la cour fédérale en juillet), en lui envoyant des lettres et en correspondant avec sa mère Zudeibat Tsarnaev. "J'ai un cœur. j'ai de la compassion et de l'empathie et je vois l'injustice – et c'est ce que je veux dénoncer, l'injustice", confie-t-elle.

Comme Karina, des milliers de fans expliquent leur soutien par la ferme conviction que le jeune homme est innocent. Mais d'autres, en majorité des femmes, dérivent dangereusement vers un amour obsessionnel et malsain pour sa figure de criminel endurci. "Il existe un moment où les fans sont attirés par quelqu'un de célèbre, même si c'est pour une raison monstrueuse", explique Carlos Cuevas, psychologue à la clinique de Cambridge.

Une rapide recherche de "Jahar" [le surnom de Dzokhar] sur twitter montre que ses admirateurs utilisent souvent le réseau social pour exprimer leurs sentiments et leur affection. "Je déteste quand les gens disent "Je suis amoureuse d'un criminel". Cela revient à dire qu'il est coupable", tweete un fan. Un autre écrit "Oui j'aime Jahar mais je ne suis pas amoureuse de lui. Je me préoccupe de lui et je l'aime comme un frère, bien que je ne l'aie jamais rencontré."

"L'équivalent d'une rock star"

Pour certains de ses fans, le beau visage de Dzokhar annule l'horreur des crimes dont il est accusé, et beaucoup pensent que la Une du magazine Rolling Stones du 21 juillet n'a rien fait pour calmer la fièvre des fans. "Je pense que cela l'a glorifié et alimenté une partie de ce phénomène. Cela a fait de lui l'équivalent d'une rock star", estime Cuevas.

Bien sûr, les magasins ont boycotté la revue, les lecteurs ont envoyé des demandes de résiliation d'abonnements et les réseaux sociaux se sont ligués contre la publication. Quelques partisans de Dzokhar ont même attaqué le magazine pour avoir présenté le suspect comme coupable avant le procès. Mais la une sensuelle a provoqué sur les fans ce que les critiques craignaient le plus – ils se sont davantage extasiés.

"Ils ont vraiment mis Jahar en Une de Rolling Stones, wowowow lol, il est sexy", tweetait une fan le mois dernier. Une jeune femme affirmait, quant à elle, que le suspect "était super sexy. Oh mon dieu, je le baiserai les yeux fermés. Selon le psychanalyste William J. Massicotte, une grande part de cette attirance s'explique par la nature de l'adolescence. "Les jeunes doivent se rebeller, afin de construire leur identité d'adulte, avance-t-il. Il y a un élément interdit lié à la sexualité, et cela le rend plus attractif. Est que l'on est surpris que les gangsters aient des petites amies ? Non, pas vraiment."