"Aujourd'hui, le commerce des armes est moins régulé que le marché des bananes ou des iPod, c'est un scandale." Zobel Behahal, chargé de mission à l'ONG de développement CCFD-Terre Solidaire résume d'une phrase l'objet des négociations entamées lundi aux Nations unies. Les 193 Etats membres doivent élaborer un traité international sur les ventes d'armes classiques, un marché bien particulier estimé à plus de 70 milliards d'euros, dont 40% pour les seuls Etats-Unis.
"Les Etats ont la liberté de s'armer pour assurer leur sécurité et leur légitime défense, explique Aymeric Elluin, chargé de campagne d'Amnesty International. On ne peut pas interdire le commerce des armes, mais on peut en atténuer les conséquences meurtrières incontrôlées." L'objectif du traité est d'empêcher l'exportation ou le transfert d'armes utilisées pour alimenter un conflit ou pour porter atteinte aux droits de l'homme. S'il était en vigueur aujourd'hui, la Russie pourrait être inquiétée pour avoir fourni des armes utilisées lors des massacres en Syrie.
"Un champ de bataille"
Depuis que les Etats-Unis ont rejoint les discussions en 2009, aucun Etat n'affiche officiellement son hostilité au traité, mais certains (comme la Russie, la Chine ou les pays arabes…) préfèrent insister sur la lutte contre les trafics illicites. En revanche, les ministres des Affaires étrangères de France, de Grande-Bretagne, Allemagne et Suède ont appelé, dans une tribune commune publiée lundi, à adopter un texte "solide, efficace et juridiquement contraignant". "Pendant quatre semaines (jusqu'au 27 juillet, ndlr), ce sera un champ de bataille, il faudra discuter pied à pied", explique Aymeric Elluin, qui se rend vendredi à New York.
Les ONG, à l'origine du texte, maintiendront la pression pour que l'ensemble des armes légères et des munitions soit contrôlées par le traité. Chaque année, 12 milliards de munitions sont produites dans le monde, soit deux balles pour chaque habitant de la planète.













