« Le procès du siècle », à en croire la presse locale. La Cour suprême brésilienne juge à partir de ce jeudi 38 personnes impliquées dans le plus grand scandale de corruption politique du Brésil impliquant le Parti des travailleurs (PT, au pouvoir depuis dix ans), qui a failli coûter sa réélection à l'ex-président Lula.

Ce scandale avait été révélé en 2005 quand le député de la coalition Roberto Jefferson, mécontent de la répartition du pouvoir, avait révélé aux médias un vaste système de corruption mis en place par le PT. Dans le détail, ce système - connu sous le terme de "mensalao" (mensualités) - fonctionnait par le biais d'un publicitaire qui avait obtenu des contrats pour réaliser des campagnes pour le gouvernement. Ce dernier reversait une partie des sommes allouées aux parlementaires alliés et en parallèle sollicitait des emprunts bancaires pour alimenter les caisses du Parti des travailleurs. Le but, donc : acheter des soutiens au Congrès en faveur du gouvernement lors du premier mandat de Lula da Silva (2003-2007).

Trois anciens ministres à la barre

Les personnes impliquées - qui comparaissent tous libres - devront répondre d'enrichissement, de blanchiment d'argent, de corruption et de fraude, des délits qui pourraient leur valoir jusqu'à 45 ans de prison. Parmi eux figurent notamment trois anciens ministres : José Dirceu (chef de cabinet du président Lula), Luiz Gushiken (Communication) et Anderson Adauto (Transports). Les premières condamnations sont attendues pour la mi-septembre.

Fondateur et dirigeant du PT, Lula a été mis hors de cause par la justice dans cette affaire. Pour autant, ce scandale a failli lui coûter sa réélection en 2006. L'ancien président, qui a toujours contesté avoir eu connaissance de ce montage, était tout de même allé jusqu'à présenter des excuses publiques. Mais le mal était déjà fait : le PT, toujours au pouvoir actuellement en la personne de Dilma Roussef, a perdu à cette occasion une génération de dirigeants historiques et l'image d'intégrité dont il jouissait depuis ses origines, qui remontent à la dictature.