En quelques mots, quelle est la philosophie de votre volumineux projet de loi ?
S'attaquer à la crise du logement et remettre de la régulation dans un secteur qui en a cruellement besoin.

Comprenez-vous qu'il suscite autant de critiques de la part des professionnels de l'immobilier ?
Je suis attentive aux critiques, mais je resterais ferme si des lobbies poursuivaient le but plus ou moins avoué de laisser le marché tout gérer. Je connais trop bien leur capacité à détricoter l’intérêt général. Ils ne sont mus que par l’appât du gain. A un moment, il faut dire stop à la loi de la jungle. Mon projet de loi, c'est la fin des abus. En ce sens, je dis aux propriétaires, aux locataires et aux professionnels de l'immobilier qui exercent leurs responsabilités avec justesse qu’ils seront les gagnants de cette nouvelle approche.

La mesure-phare est la mise en place d'un encadrement des loyers. Dans quelles proportions ambitionnez-vous de les faire baisser ?
L'objectif, c'est a minima de faire baisser un quart des loyers dans les zones les plus tendues, et surtout de contenir de manière ferme leur évolution à partir du moment où la loi aura été votée. Celle-ci prévoit le calcul d'un loyer médian de référence, inscrit sur le bail, qui ne pourra pas être dépassé d'au maximum 20%. Mais localement, les préfets pourront prendre la décision d'abaisser ce pourcentage. Très concrètement, dans les secteurs les plus tendus comme l'Ile-de-France, le plafond pourra être ramené à 10%, 15% ou 18% de plus que le loyer médian, en fonction de la situation du marché locatif.

Vos opposants craignent que les contraintes imposées aux propriétaires (honoraires des agences à leur seule charge, réduction du préavis de départ à un mois...) ne découragent l'investissement locatif...
La régulation n’est pas l’ennemie de l’investissement. Au contraire : remettre de l’ordre dans le secteur offrira davantage de garanties de rentabilité. L'investissement immobilier doit être sûr et de long terme. Or, ces dernières années, on a assisté à une envolée de la spéculation alimentée par les profiteurs de la crise. L'emballement a parfois abouti à ce que des locataires se retrouvent dans des situations d'incompatibilité entre le niveau de leurs revenus et celui de leur loyer. Dans l'intérêt de tout le monde, nous voulons recréer un équilibre entre propriétaires et locataires.

Votre projet de loi met en place une "garantie universelle des risques locatifs", qui se substituera à la caution. Payée à parité par le locataire et le propriétaire, ne risque-t-elle pas de faire augmenter les loyers ?
Non. D’abord parce que la question sera résolue par l'encadrement des loyers. Ensuite parce qu’avec le scénario sur lequel nous travaillons, une mutualisation de l'ensemble des logements en location, avec un niveau de garantie équilibré, on aboutit à une participation très limitée. Au final, ce dispositif est un progrès social majeur qui va vraiment favoriser l'accès au logement, lutter contre les expulsions et surtout sécuriser les propriétaires.

Justement, certains redoutent au contraire que cette garantie ne déresponsabilise les locataires...
Pas du tout. Aujourd'hui, le loyer est une des dépenses que les ménages paient de façon prioritaire, ils continueront de le faire. La GUL est une protection supplémentaire des propriétaires et des locataires contre les accidents de la vie. A contrario, le dispositif sera beaucoup plus dissuasif vis-à-vis des mauvais payeurs, beaucoup plus contraignant et efficace que les moyens dont disposent aujourd'hui un propriétaire seul et isolé pour récupérer des loyers impayés.

Votre texte comporte plusieurs mesures contre les logements indécents. Mais pensez-vous que beaucoup de locataires oseront se lancer dans une procédure longue contre leur propriétaire ?
Je le souhaite, parce que les victimes de ces escroqueries auront beaucoup plus de possibilités de pouvoir réagir. La procédure va être raccourcie, plus efficace, et les collectivités auront davantage de moyens pour lutter contre les marchands de sommeil, qui seront notamment interdits d'achat immobilier lorsqu'ils auront été condamnés. Il n’y a aucune raison d’être laxiste face à l’exploitation de la misère.

La France n'a plus construit 500 000 logements par an depuis les années 1970. Pensez-vous réellement pouvoir tenir cette promesse d'ici à la fin du quinquennat ?
J'ai toujours dit que c'était un objectif très ambitieux. On aurait très bien pu le revoir à la baisse pour le tenir sans difficulté. Mais cet objectif est à la hauteur des besoins pour résoudre la crise du logement. Dès cette année, nous avons mis en place tout un éventail de mesures qui favorise la construction, l'investissement, le logement social. Sur ces questions, il faut de la ténacité. Nous nous approcherons chaque année un peu plus de cet objectif. Je suis prête à tenir dans la durée.