Cela va devenir une habitude. Comme au tout début de l'opération Sangaris, François Hollande a profité vendredi d'un voyage officiel sur le continent africain (cette fois au Nigeria, la veille), pour faire halte en Centrafrique. L'occasion pour le chef de l'Etat de faire un point d'étape, alors que la mission a été prolongée mardi par un vote à l'Assemblée nationale.

Des progrès "considérables"...

S'il y a trois mois, le Président était venu soutenir le déploiement des troupes sur le terrain, il entendait vendredi marquer les "progrès considérables (qui) ont été accomplis" depuis. "La situation s'est significativement améliorée", a-t-il martelé dès sa descente d'avion, devant quelques dizaines de militaires français réunis sous un hangar du quartier général de Sangaris, à l'aéroport M'Poko.

"D'ores et déjà, des milliers de vies, je dis bien des milliers de vies, ont été sauvées grâce à vous", a-t-il félicité les soldats. Avant de quitter l'aéroport pour s'enfoncer dans Bangui, ce qu'il n'avait pu faire le 10 décembre. Histoire de montrer, en acte, le chemin parcouru.

...mais les exactions continuent

Relativement stabilisée, la situation reste néanmoins éruptive, a reconnu François Hollande. "Des bandits terrorisent encore les populations, notamment musulmanes", a-t-il précisé. Semblant oublier, l'espace d'un instant, que si les musulmans regroupés dans des camps vivent sous la menace constante de représailles, les chrétiens subissent de plein fouet les pillages devenus monnaie courante, notamment à Bangui. En fait, une réponse à ceux qui avaient accusé un temps l'armée française de mieux défendre le camp chrétien. 

Le chef de l'Etat complète son propos en appelant à punir "tous les ennemis, sans distinction" : "Aucun crime ne doit rester impuni". Pour cela, a-t-il rappelé, une commission d'enquête internationale se mettra bientôt en place, sous l'égide de l'ONU, tandis que la Cour pénale internationale mène sa propre enquête préliminaire.

Objectif : province

Quant à l'armée française, François Hollande a confirmé les nouveaux objectif récemment définis : "Sécuriser non seulement la capitale, mais l'ouest du pays où sévissent encore des milices particulièrement dures : nous devons les désarmer".

Dans l'est et le nord également, il faut "faire cesser les exactions, rétablir l'autorité du gouvernement et lui permettre d'engager le dialogue". Et de rappeler la position de la France : "Eviter la moindre tentative de partition". D'ores et déjà, les troupes françaises ont commencé à se déployer hors de Bangui, afin d'éviter que le reste du pays ne sombre pendant que la capitale flotte.

Soutien au dialogue religieux

Pour contribuer à apaiser les tensions inter-religieuses, quoi de mieux qu'une photo de famille avec l'imam, l'archevêque et le pasteur de Bangui ? C'est ce qu'a de nouveau fait François Hollande, qui rencontrait pour la troisième fois (dont une à l'Elysée) les plus hautes autorités religieuses du pays.

Avec la présidente de transition Catherine Samba Panza, tous ont tenu une longue table ronde, avant de livrer chacun son tour un discours d'unité. Voilà pour le symbole.

La paix, d'accord... mais la paie ?

Si tous désirent bien sûr ardemment la paix, la question qui revient le plus souvent dans la bouche des Centrafricains – jusqu'à celle de l'archevêque, devant François Hollande – est : "Quand sera versé le salaire de fonctionnaires ?" Bloqué depuis cinq mois, c'est une crise dans la crise, alors que le commerce, traditionnellement tenu par les musulmans, s'est effondré. "La semaine prochaine, tout sera prêt", a annoncé le président de la République.

Au cours de sa visite au Nigeria jeudi, il avait en effet pressé les voisins de la Centrafrique de mettre la main à la poche. C'est chose faite, via la banque africaine des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), pour au moins deux mois. Applaudissements dans l'assemblée, fin de la visite.