Impossible de joindre Bernard Château, édile de Beaumont-en-Véron. "Il n'est pas là pendant deux jours", nous répond-on à la mairie ce jeudi matin. Le maire du village voisin de Savigny-en-Véron, Laurent Chauvelin n'est, lui, au courant de rien. A Avoine, pas très loin non plus, personne ne veut répondre aux questions des journalistes. Il faut se tourner vers Jean-Luc Dupont, maire de Chinon, pour aborder le sujet qui fâche en Indre-et-Loire. En l'occurrence un reportage diffusé ce jeudi dans la matinale sur France Inter et consacré à l'ouverture l'été prochain, à Beaumont-en-Véron, donc, du premier centre de déradicalisation dans l'Hexagone.

"Nous n'étions pas du tout informés, le maire divers droite, joint par metronews. J'ai appris ça ce matin en buvant ma tasse de thé en écoutant la radio. Passé l'émoi, j'ai appelé le préfet pour savoir ce qu'il en était, il n’était pas plus au courant. Le pilotage du dossier, c'est le cabinet du Premier ministre, m'a-t-il dit. Nous avions rencontré des gens il y a quelques semaines, mais je ne suis pas sûr que notre avis les intéresse..."

"Le gouvernement assumera"

En tout état de cause, le centre de déradicalisation pourrait remplacer l'actuel Centre éducatif et de formation professionnelle de Pontourny qui peut accueillir jusqu'à 42 mineurs isolés étrangers. Le conseil de Paris, qui gère cet établissement de l'Aide social à l'enfance (ASE) a décidé de sa fermeture. Celle-ci est prévue le 30 juin. "Le préfet Pierre N'Gahane est venu il y a quelques semaines. De nombreuses pistes étaient ouvertes pour le devenir de ce centre. Nous devions nous revoir mi-avril. Et là, on apprend ça comme ça. Le maire de Beaumont est comme moi : sous le choc. Il a été brutalement surpris. Le gouvernement assumera", s'indigne Jean-Luc Dupont.

Parmi les personnes de la commune de 3000 habitants que metronews a pu joindre, l'étonnement est tout aussi grand. La boulangère qui l'a appris à la télé n'a pas souhaité faire de commentaire. "Moi je savais rien de tout ça. Des radicalisés près de chez moi, je n'en veux pas", a confié un voisin sous couvert d'anonymat. La gérante du château d'Isoré situé à 2 kilomètres de Pontourny a appris la nouvelle par metronews. "Je suis actuellement en Belgique. Je ne savais rien de tout ça, commente la femme d'origine belge. Après, nous avons la centrale nucléaire de Chinon à 2 km, ça ne peut pas être pire. Il faut des endroits pour ces personnes radicalisées, il faut les aider à redevenir 'normale'".

"Négociation discrète"

C'est justement sur cet aspect que Pierre N'Gahane, président du groupement d'intérêt public qui va gérer l'ensemble des centres de ce type, veut mettre l'accent. "Il y aura une dizaine de centres 'réinsertion et citoyenneté", certains pour des personnes "volontaires", d'autres pour des individus sous main de justice. Chacun accueillera 30 individus que nous devrons remettre dans le giron de la République. Il fallait bien que je choisisse un premier endroit. Le site n'est pas arrêté, je suis en prospection." Selon le préfet, ce centre pourrait convenir : sa fermeture est actée, il n'y aurait presque pas de travaux à effectuer et les actuels salariés pourraient peut-être, s'ils l'acceptent, être réemployés pour cette activité.

"Je regrette que le nom du lieu ait été donné par des journalistes (i-Télé et La Nouvelle République notamment ndlr). Ca a créé un emballement. La négociation était en cours, elle était discrète. La communication de ce matin nous a plombés. Cette sortie est malheureuse et prématurée, elle met tout par terre", regrette Pierre N'Gahane.

Face à la situation, une conférence de presse est prévue vendredi matin à 10 heures en présence de Louis Le France, préfet d'Indre-et-Loire, de Pierre N'Gahane, et des différents élus concernés.