La rumeur vole, dit le proverbe. D'autant plus vite quand elle est portée, comme c'est le cas depuis les attentats de la semaine dernière, par le vent de la peur dont cherchent à profiter certains. Une simple vidéo, postée en mode public dimanche sur Facebook, prétend ainsi montrer des provocations islamistes dans le métro parisien, que les médias ignoreraient sciemment. En quatre jours, elle déjà été vue plus d'un-demi million de fois.

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Sur ces images, qui durent presque une minute, on peut voir un petit groupe d'hommes et de femmes vociférant des "Allahou akbar" dans une station du métro parisien. Si l'on ne comprend guère l'objet de leur attroupement, l'une des femmes, voilée, s’approche de la caméra amateur en brandissant une bannière avec des inscriptions en arabe et lançant ceci : "Vous voyez ce drapeau, là, eh bien bientôt il sera à l'Elysée ce drapeau !" Et juste après, un homme appostrophe le vidéaste en ces termes : "Dégage, sale Français de souche de merde !"

Un vidéo datant de 2010


Sous la vidéo, l’internaute qui la partage s'insurge : "Mais ça, évidemment, les médias n'en parlent pas ! Filmé dans le métro à Paris ! La fermeté absolue est la seule réponse possible contre ces gens ! Notre démocratie est attaquée, nous devons la défendre sans faiblesse !" Et d'appeler à la mise en place d'un "Patriot Act", ces lois d'exception établies aux Etats-Unis après le 11-Septembre. Sauf que ce qu'il ignore peut-être, ou ne précise pas en tout cas, c'est que la vidéo qu'il veut édifiante date d''il y a au moins quatre ans. Rendant ce post mensonger : un hoax.

Une simple recherche sur Internet, à partir des propos tenus dans la vidéo, mène en effet notamment à une page du site Jssnews datant de janvier 2011. Décrivant la scène, en question, l'auteur du papier évoque un face-à-face entre des militants de la Ligue de défense juive et des pro-Palestiniens, au Trocadéro à Paris, "fin décembre 2010". Un récit similaire, ailleurs, évoque la date du 26. Datation accréditée par une recherche plus poussée, puisqu'on retrouve la vidéo sur le site livingscoop, où elle a été postée le 27 décembre 2010 sous le titre "Insultes et provocations du groupuscule islamiste Forsane Alyssa".

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"Forsane Alizza" dissous en 2012

Le groupuscule en question, plus souvent orthographié "Forsane Alizza" (alias "les Cavaliers de la fierté") est un mouvement salafiste fondé en 2010. Mais qui n'a été ignoré ni des médias, ni des autorités. A tel point qu'il a même été dissous le 29 février 2012 à la demande du ministre de l'Intérieur de l'époque, Claude Guéant. Celui-ci avait ainsi justifié sa fermeture : "Forsane Alizza porte atteinte aux principes républicains, a une théorie de substitution de la loi islamique à la loi française et prône l'établissement du califat, c'est-à-dire le règne de l'islam dans notre pays".

Un mois plus tard, des membres du groupuscule avaient fait l'objet d'un vaste coup de filet qui avait abouti à l'arrestation de 19 individus présentés comme des islamistes radicaux. Dont le leader de Forsane Alizza, Mohammed Achamlane, interpellé à Nantes. "Le groupe avait été dissous depuis le 29 février et les avoirs de 26 d'entre eux ont été gelés, mais ils continuaient à suivre un entraînement physique, dans les parcs, les bois et recherchaient des armes", avait alors déclaré le chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, au quotidien régional La Provence .

Depuis, avec deux de ses complices présumés, Mohammed Achamlane a été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". D'après une information du Figaro, son groupuscule projetait notamment de prendre pour cible le journal Libération. Il lui reprochait d'avoir hébergé la rédaction de Charlie Hebdo, dont les locaux avaient été réduits en cendre par un incendie criminel fin 2011, la semaine où le magazine s'était rebaptisé "Charia Hebdo" en caricaturant le prophète Mahomet sur sa une. Une affaire qui, certes, résonne directement avec les événements de ces derniers jours. Mais que la police et la justice traitent depuis trois ans, même sans "Patriot Act".

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