Les enquêteurs français et britannique sur la tuerie de Chevaline en Haute-Savoie unissent leurs forces. Ce vendredi, une équipe commune d'enquête doit être désignée. L'objectif est simple : mettre fin aux lourdeurs juridiques et administratives, qui freinent les investigations, alors même que les perquisitions au domicile des victimes se sont terminées mardi.

Depuis la découverte du massacre, le 5 septembre, les policiers des deux pays n'ont eu de cesse de se confronter aux différences de méthode entre leurs administrations. "Il y a un choc de cultures juridiques qui rend les choses extrêmement lentes", a souligné le procureur de la République d'Annecy Eric Maillaud. Ainsi, plusieurs commissions rogatoires internationales adressées par les juges d'instruction français ont été refusées par le ministère de l'Intérieur britannique (Home office). Il les a considérées comme insuffisamment motivées au vu du droit pénal anglais. Selon Eric Maillaud, le travail d'enquête se fera désormais "comme si on était dans un seul pays, d'enquêteur à enquêteur ou de juge à enquêteur".

Echanger les renseignements

Dirigée par les deux juges d'instruction français en charge de l'affaire et constituée, cette équipe commune d'enquête (ECE) réunira des procureurs britanniques du Crown Prosecution Service, des enquêteurs de la police du comté de Surrey (région où était installée la famille al-Hilli) et des gendarmes de la section de recherche de Chambéry. Les ECE sont régies par la convention européenne du 29 mai 2000 qui autorise l'échange de renseignements, les opérations d'investigations conjointes et la coordination des poursuites pénales.

A terme, l'équipe pourrait être élargie à d'autres pays européens, comme la Suède, lieu de résidence d'une des victimes, ou à la Suisse et à l'Italie, destinations probables du ou des tueurs en fuite. L'Espagne, pays où est mort le père de Saad al-Hilli, pourrait aussi être associée aux investigations. Saad al-Hilli était en effet en conflit avec son frère Zaid, également établi dans le Surrey, à propos de l'héritage de leur père.

Selon le quotidien Sud-Ouest, al-Hilli était sur le point de vendre une propriété délabrée à Saint-Macaire, près de Bordeaux. Jusque là, les policiers pensaient qu'il ne possédait que la demeure familiale dans le Surrey. S'il s'avère que Saad al-Hilli avait effectivement des biens dans l'Hexagone, cette nouvelle piste française pourrait s'ajouter à l'enquête.