Le centre symbolique du pouvoir chinois frappé de plein fouet. Un véhicule a percuté la foule place Tian'anmen à Pékin lundi midi, à l'entrée de la Cité interdite. Selon les médias officiels, cinq personnes auraient trouvé la mort - le conducteur de la jeep, ses deux passagers mais aussi deux touristes - dans ce qui s'apparenterait à un attentat. Le dernier bilan fait état de 38 touristes et policiers blessés.

Preuve de l'inquiétude qui agite le pouvoir, l'événement a aussitôt déclenché une importante opération des forces de l'ordre pour évacuer les lieux et dissimuler la scène au public à l'aide de palissades. Les photos de la voiture en flammes ont néanmoins été diffusées sur Internet, où une vaste opération de censure s'est déroulée pour les retirer. Malgré ces précautions, l'explosion a affolé la toile : "Que se passe-t-il à Tian'anmen? Il y a des véhicules de police et des ambulances partout !", s'interroge un internaute sur un site de micro-bloging chinois. Peu croient à la thèse de l'accident dans un lieu si improbable. "Tian'anmen en 2013 est-il le théâtre d'une immolation par le feu?" demande un autre.

"La Chine n'est pas à l’abri du terrorisme"

"Difficile de dire s'il s'agit d'une attaque" tempère de son côté le président du Centre de recherche sur la Chine (CEDRIC) Pierre Picquart. "Certaines personnes que j'ai eues sur place auraient entendu le véhicule klaxonner fortement, comme pour éviter la foule" assure l'expert à metronews. Sans pour autant écarter la piste de l'attentat : "comme l'Occident, la Chine n'est pas à l’abri du terrorisme."

Si les causes du drame sont pour le moment inconnues, nombreux sont les opposants qui défient ouvertement l'autorité de Pékin. Parmi elles, "la secte Falungong, les indépendantistes du Xinjiang ou du Tibet et d’autres forces dites 'hostiles'", comme le rappelle l’artiste Ai Weiwei sur son site.

Le choix de la place Tian'anmen ne doit également rien au hasard : c'est à cet endroit qu'avait eu lieu, en 1989, le plus grand soulèvement démocratique qu'ait connu la Chine populaire et violemment réprimé par le pouvoir. Depuis, la place est régulièrement le théâtre de manifestations spectaculaires. En 2009, 122 Tibétains se sont immolés pour protester contre la tutelle chinoise. Et en octobre 2011, une autre tentative d'immolation y avait eu lieu. Autant de raisons pour lesquelles, deux ans plus tard, ce mystérieux "incident de la circulation", dixit les médias locaux, suscite autant de spéculations.