La résistance des Ouïghours, épine dans le pied de la Chine. Dans la province autonome du Xinjiang, frontalière avec l'Asie centrale, la minorité musulmane des Ouïghours et les Chinois de l'ethnie majoritaire Han s'affrontent au prix du sang. Les violents accrochages mardi, qui ont provoqué la mort de 21 personnes, dont six policiers, en témoignent.

Le régime de Pékin crie au "terrorisme", arguant que tout a commencé lorsque des insurgés ouïghours s'en sont pris à des policiers venus vérifier des informations faisant état de la présence de suspects munis d'armes blanches. De l'autre, l'ethnie musulmane turcophone, qui déplore une quinzaine de morts, évoque des violences de la part des policiers chinois. Une dichotomie classique, qui révèle le "total rejet entre les deux communautés", pour Jean-Vincent Brisset, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de la Chine.

"Les deux communautés se haïssent"

Le problème n'est pas nouveau. En 2009, près de 200 personnes avaient perdu la vie dans des violences similaires. Là-bas, "l'affrontement est frontal", souligne le chercheur, qui évoque les racines du conflit : "à l'instar du Tibet, la province du Xinjiang est une région autonome, colonisée par les Chinois. Sauf que là où les Tibétains mènent une résistance relativement pacifique, les Ouïghours, eux, résistent avec violence". Et aujourd'hui, c'est peu dire que "les deux communautés se haïssent".

Car derrière l’appellation de région autonome, le Xinjiang vit littéralement à l'heure chinoise (Pékin y a imposé son fuseau horaire, les travailleurs se lèvent trois heures trop tôt) et les autorités politiques sont entre les mains chinoises. L'enjeu : le développement économique de cette région pauvre, lieu de passage du gaz et du pétrole venant de l'Ouest et qui possède, en outre, d'abondantes ressources naturelles. C'est la "voie de la stabilité" qu'ont tenté de "faire dérailler des terroristes", résumait mercredi le ministère des Affaires étrangères chinoises. Mais pas assez pour gâter une situation que le gouvernement chinois juge "globalement bonne au Xinjiang".