Viols, mutilations, exécutions : les exactions des djihadistes sunnites de l'Etat islamique (EI) dans le nord de l'Irak sont telles que la communauté internationale craint un "génocide" dans la région. Pour stopper l'avancée de l'EI, les Etats-Unis ont engagé vendredi des frappes aériennes. Et pour venir en aide aux civils qui fuient par centaines de milliers, Londres et Paris ont lancé des largages humanitaires. Qui sont les civils concernés ? Explications.

> Les chrétiens
C'est la communauté dont le sort émeut le plus en Occident, pour des raisons évidentes de proximité religieuse. Le gouvernement français a ainsi annoncé vouloir "favoriser l'accueil" des Irakiens de confession chrétienne sur son territoire (les onze premiers sont arrivés jeudi à Paris). La grande majorité des chrétiens d'Irak sont catholiques, parmi lesquels dominent les Chaldéens. L'Eglise chaldéenne, dont la liturgie se fait dans une langue dérivée de l'araméen – la langue parlée par Jésus –, est considérée comme l'une des plus anciennes églises chrétiennes.

Avant l'invasion américaine de 2003, la population chrétienne d'Irak était estimée à plus d'un million. Depuis, alors que le pays sombrait lentement dans une guerre confessionnelle, une soixantaine d'églises a été attaquée et un millier de chrétiens tués, selon le patriarche chaldéen. La communauté, associée aux "croisés" occidentaux, est alors tombée à moins de 400.000, dont la moitié dans la province de Ninive, dans le Nord du pays. Aujourd'hui, avec la chute de sa capitale Mossoul puis de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, environ 100.000 chrétiens auraient été chassés par l'avancée des djihadistes dans le Nord du pays.

> Les Yézidis (ou Yazidis)
Ils constituent l'une des plus anciennes communautés, multi-millénaire, d'Irak. D'origine kurde – dont ils ont gardé un dialecte –, les Yézidis sont adeptes d'une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme. A cause de leur culte d'un "ange-paon", ils sont considérés comme des païens, voire des "adorateurs du diable", par les chrétiens et les musulmans. Persécutés depuis des siècles, ils sont estimés jusqu'à environ 500.000 âmes en Irak, leur foyer de population principal étant la région de Sinjar. Située dans le Nord entre la frontière syrienne et Mossoul, celle-ci est tombée début août aux mains des djihadistes. "Ce que l'EI a fait contre les Yézidis à Sinjar relève du nettoyage ethnique", a déclaré Khodhr Domli, un militant des droits de l'Homme yazidi basé dans la région autonome du Kurdistan.

> Les Kurdes
Ils sont le dernier rempart des chrétiens et des Yézidis contre l'avancée des djihadistes de l'EI. D'origine iranienne, les Kurdes constituent aujourd'hui des minorités importantes dans plusieurs pays de la région (Turquie, Iran, Syrie et Irak). En Irak, ils sont cinq millions, regroupés dans une région du nord du pays qui a gagné son autonomie après le renversement du régime de Saddam Hussein par les Américains, qu'ils avaient soutenus. Comme dans les pays voisins, les Kurdes d'Irak réclament leur indépendance (leur président Massoud Barzani a encore réclamé un référendum à ce sujet en juillet dernier), ce qui leur avait valu une répression sanglante de la part du régime de Saddam Hussein. Aujourd'hui, alors que l'armée irakienne n'a pas su résister à l'avancée des islamistes, leurs combattants, les Peshmerga, sont les seuls à avoir su montrer une réelle capacité de résistance face aux djihadistes. Ceux-ci se trouvent  néanmoins à une quarantaine de kilomètres d'Erbil, leur capitale. Or le Kurdistan constitue désormais le refuge des autres minorités chassées (chrétiens et Yézidis) du Nord de l'Irak.

> Les chiites
Enfin, si les djihadistes s'en prennent férocement à tous ceux qui ne partagent pas leur religion, les musulmans chiites (de la minorité turcomane ou non) et même les sunnites qui n'adhéreraient pas à leurs idées en sont aussi victimes. Marginalisés sous le régime de Saddam Hussein bien que majoritaires en Irak, les chiites sont aujourd'hui au pouvoir à Bagdad (derrière le Premier ministre Nouri Al-Maliki). Si l'animosité entre sunnites et chiites traverse tout le monde musulman, le conflit irakien va bien au-delà des vieilles querelles : l'Etat islamique veut instaurer dans la région un califat qui ne souffre aucune "hérésie", fût-elle cousine.

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