Il a suffi d’une seule phrase, sur un entretien d’une heure et demie, pour que Manuel Valls s’attire les foudres du Gabon. Invité samedi soir dans l’émission On n’est pas couché, le Premier ministre s’est fendu d’un commentaire sur l’élection d’Ali Bongo, laissant sous-entendre que celle-ci ne s’était pas déroulée démocratiquement. Conséquence : dès dimanche, l’ambassadeur en France a été prié de rentrer au pays. Il faut dire que, depuis 2009, le sujet est sensible. Encore plus quand il est abordé par la France, allié historique d’Omar Bongo.

Que reproche le Gabon à Manuel Valls ?
Tout a débuté par un clash avec l’humoriste Jérémy Ferrari, ce dernier critiquant la présence du président gabonais à Paris le 11 janvier, pour la marche en faveur de la liberté d’expression. Suivi d’un échange houleux entre les deux hommes : "Dans cette manifestation, il y avait des chefs d’Etat et de gouvernement. Vous retenez Ali Bongo, moi, je retiens surtout un autre Africain, élu lui : Ibrahim Boubacar Keïta", se défend Manuel Valls. "Ah, parce qu'il n'est pas élu Ali Bongo finalement ?", lui répond alors l’humoriste. Et le Premier ministre de lâcher cette petite phrase qui dérange à Libreville : "Non, pas comme on l'entend."

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Un scrutin critiqué
L'élection d'Ali Bongo, en 2009, s’est déroulée dans un climat pour le moins houleux. Et ce dès l’annonce de sa candidature, puisqu’il s’agissait de succéder à... son père Omar Bongo, qui était à la tête du pays depuis 41 ans. Ali Bongo remporte finalement le scrutin, avec 41% des suffrages au premier – et unique – tour. Dès lors, ses opposants cherchent à le faire chuter : son investiture a fait l’objet de onze recours en annulation, mais sera finalement validée par la Cour Constitutionnelle. Dans la rue, des incidents éclatent. Un manifestant est tué. "Le drame est arrivé, et nous le regrettons", assurera Ali Bongo au Monde en mars 2015. Le consulat général de France à Port-Gentil, lui, sera incendié par des manifestants qui reproche à Paris d'avoir "imposé" aux Gabonais le fils du président Omar Bongo.

► Une liberté d’expression en demi-teinte
La présence d’Ali Bongo dans le cortège parisien du 11 janvier était-elle injustifiée, comme Jérémy Ferrari l’a évoqué samedi soir ? Selon Reporters sans frontières, cela fait peu de doute : l’association classe le pays africain en 98e position dans son classement 2014. En septembre de la même année, deux hebdomadaires d'opposition ont annoncé l'arrêt temporaire de leur publication à la suite d'un piratage qu'ils attribuaient au gouvernement. Le porte-parole de la présidence, interrogé par RSF, a réfuté ces accusations. Toujours selon RSF, un journaliste d'investigation du pays a affirmé en janvier avoir été séquestré et menacé par un élu du gouvernement dans son bureau, après la publication d'un article qui dénonçait des crimes rituels perpétrés dans le pays.

Pourquoi le sujet est-il aussi sensible ?
Si Manuel Valls marche sur des œufs en évoquant la présence d’Omar Bongo le 11 janvier dans les rues de Paris, c’est que les deux pays entretiennent des liens depuis des décennies. Plus précisement depuis 1967, quand Omar Bongo prend les rênes du pays africain. Le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy... tous auront les honneurs du président gabonais à une époque où l'on parle encore de la "Francafrique".

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