Vous avez annoncé ce mardi sur BFMTV que la famille de Tarek Belgacem allait porter plainte contre X pour homicide volontaire après la mort du jeune homme abattu devant le commissariat de la Goutte d'Or le 7 janvier dernier. Quand cette plainte va-t-elle être déposée ?
Le père de Tarek Belgacem a été entendu ce mardi après-midi par la section anti-terroriste. La plainte, quant à elle, sera déposée ce mercredi.

Qu'est ce qui a motivé cette plainte ?
Les parents de Tarek Belgacem veulent connaître la vérité sur ce qu'il s'est passé le 7 janvier entre 11 heures et midi. L'enquête qui a été menée à ce jour ne repose que sur les déclarations des policiers, notamment de ceux qui ont tiré. Seule la version des fonctionnaires a été retenue, de manière unilatérale. Elle ne tient absolument pas compte d'éléments contradictoires pourtant bien présents.

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A quel(s) élément(s) contradictoire(s) faites-vous référence ?
Plusieurs passants ou riverains ont livré des déclarations troublantes, notamment sur les chaînes d'information. Sur BFMTV notamment, trois personnes, dont une à visage découvert, indiquent que Tarek Belgacem n'a proféré aucune menace et qu'il n'était pas armé…

En évoquant ces témoignages, vous lancez un appel pour que ces témoins vous contactent ?
Pourquoi pas ? Leurs déclarations sont passées en boucles à la télévision, elles sont enregistrées. Maintenant, leur témoignage, notamment dans le cadre de la plainte, est très important.

Outre ces témoignages, disposez-vous d'autres éléments ?
Toutes les personnes qui connaissaient bien Tarek Belgacem disent la même chose. Il n'était absolument pas pratiquant, il ne faisait pas la prière, il buvait de l'alcool… Quant au terrorisme, il n'avait rien à voir avec tout cela. D'ailleurs, le jour-même, la garde des Sceaux Christiane Taubira a affirmé qu'il, n'avait "aucun lien avec la radicalisation violente" et qu'il avait sans doute des "fragilités psychologiques". Ensuite, il y a l'histoire de "feuille de boucher" qui n'est pas sur les premières photos et qui serait sur des photos réalisées plus tard et que je n'ai jamais vues. Sur les clichés que j'ai, cette arme n'est pas là ! Pour moi, les photos sans la feuille de boucher ont été prises par des témoins, et celles où elle apparaîtrait après, par la police…

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Dans son communiqué du 7 janvier, le procureur de la République de Paris écrivait : "Un individu porteur d'une arme blanche de type feuille de boucher et d'un dispositif explosif fictif s'est présenté devant le commissariat de la Goutte d'Or, a exhibé son arme et crié 'Allah Akbar' avant d'être abattu"…
Cette formulation me dérange beaucoup. Le procureur a dit "exhibé son arme". Peut-on tuer un homme dans ce cas-là ? C'est très grave de considérer que l'on peut abattre quelqu'un parce qu'il a exhibé son arme... Quant au "Allah Akbar", on attend des preuves…

Le procureur a également parlé d'un "papier" qui se trouvait dans les vêtements de Tarek Belgacem et sur lequel figuraient "le drapeau de Daesh et une revendication manuscrite non équivoque en langue arabe"…
S'il y avait effectivement un papier de ce type sur la victime, Tarek Belgacem ne l'a pas brandi… Comment cela pouvait-il être une menace ? Je vous le dis, de la feuille de boucher au cri qu'aurait proféré la victime en passant par le papier qu'il aurait eu sur lui, j'ai des doutes sur tout…

Que pensent aujourd'hui les parents de Tarek Belgacem ?
Pour eux, leur fils n'a rien à voir avec le terrorisme. Ils ne comprennent pas. Pour eux, c'est une bavure qui a été maquillée en tentative d'attentat terroriste, voilà.

Plusieurs caméras de vidéosurveillance sont installées aux alentours du commissariat. Avez-vous visionné des images ?
J'ai posé la question de ces caméras à un enquêteur de la section anti-terroriste avec qui je suis en contact. Il m'a tout simplement répondu que c'était couvert par le secret de l'enquête. J'aimerais bien voir ces images si elles existent…

>> La famille Belgacem et l'avocat Nasr Azaiez organisent mercredi à 11 heures une conférence de presse sur ce dossier à 11 heures dans les locaux de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), 23, rue du Maroc, dans le 19e arrondissement.