Sur la table des deux acteurs français du nucléaire depuis plus de deux ans, ce projet concerne la création d'un nouveau réacteur de 1000 mégawatts à laquelle sont associés Areva, EDF et le chinois CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Company). Tenues secrètes, les tractations ont attisé les tensions entre les deux groupes français et suscite des craintes sur les transferts possibles de technologies de la France vers la Chine, révèle ces derniers jours la presse.

C'est à Avignon, le 19 octobre dernier, qu'un accord tripartite sur le développement d'un nouvel EPR est intervenu. Si Areva et son président Luc Oursel étaient présents aux côtés des PDG de la CGNPC et d'EDF He Yu et Henri Proglio lors de la signature du document, le leader mondial du nucléaire semblait dans un premier temps avoir été mis à l'écart de l’élaboration d'un projet d'accord piloté par EDF. Un projet retoqué deux fois par le gouvernement Fillon, qui avait explicitement demandé qu'EDF et Areva travaillent ensemble à sa réalisation. Une ligne à laquelle n'a pas dérogé la nouvelle mandature.

Inquiétudes autour des transferts de technologies

Autre problème dans l’élaboration de ce contrat stratégique pour la filiale nucléaire française au regard du marché potentiel que représente la Chine, les transferts de technologies conséquents qu'il prévoyait.

Au lendemain des révélations du Canard Enchainé sur le déclenchement par Bercy d'une enquête sur les conditions dans lesquelles Henri Proglio a signé, en novembre 2011, un partenariat avec son homologue chinois CGNPC, écartant de fait Areva, Hervé Machenaud, l'un des cadres dirigeants de l'électricien, a été interrogé par Le Parisien. Il affirme entre autres que "cet accord est resté à l'état de brouillon" et qu'il "fera l’objet d’accords explicites complémentaires, sur la propriété intellectuelle, entre Areva et le CGNPC", tentant ainsi d'atténuer les craintes sur les transferts de technologies prévus.

Pour ajouter à la confusion d'un dossier opaque au sujet duquel l'Etat, pourtant actionnaire des deux groupes français, se montre prudent, pour ne pas dire discret, une secrétaire CFDT du comité de groupe européen d'Areva a été violemment agressée à son domicile le 17 décembre dernier. "C'est le deuxième avertissement, il n'y en aura pas de troisième", l'a menacé son agresseur après avoir cagoulée, ballonnée et ligotée la délégué du personnel, rapporte jeudi Libération. Selon le quotidien, les hommes de la section de recherche de Versailles en charge de l'enquête semblent n’exclure aucune piste.