Une réforme contestée, un début de fin de mandat, un printemps qui s’annonce et un anniversaire : les dix ans du très controversé CPE et des mobilisations monstres dans la rue. Autant d'ingrédients réunis pour la recette parfaite d’un cocktail détonnant ? Peut-être. Et les étudiants pourraient bien l'agiter face au gouvernement et à la refonte du Code du travail qu'il ambitionne.

Ils sont en effet pour l’instant en vacances, mais en coulisse, l’Unef (étudiants) et l’UNL et la Fidl (lycéens), principaux syndicats étudiants, préparent le terrain pour la mobilisation contre la réforme El-Khomry. Les organisations étaient conviées mardi soir à la réunion intersyndicale, et ont signé un communiqué commun aux côtés de la CFDT, la CFE-CGC, la CGT, FSU, Solidaires-Sud, et Unsa, dénonçant "un projet élaboré sans réelle concertation". "C’est une étape importante", souligne William Martinet, président de l’Unef à metronews. "C’est la première fois qu’on a une position commune sur le fond."

"A dix ans d'écart, on a deux Premier ministres qui tiennent le même discours"

Mais le syndicat étudiant va plus loin. "Nous appelons à une date de manifestation unitaire, d’ici la fin du mois de mars. On espère être entendu", explique William Martinet. Le message est passé. Et en attendant la fin des vacances, le syndicat a lancé une campagne de sensibilisation sur Internet contre le projet de loi, invitant, en outre, à signer la pétition "Non, merci !" lancée par Caroline de Haast, qui dépasse toutes les prévisions de croissance. Surtout, l’Unef compte bien enclencher la vitesse supérieure lors des retours en cours, en lançant des campagnes sur les campus universitaires.

Alors, les étudiants pourraient-ils être le détonateur d’un véritable mouvement de fond ? Hasard ironique du calendrier : approchent justement les dix ans de la lutte contre le CPE (Contrat première embauche), qui avait été retiré à la suite d’une fronde étudiante et d’un bel effet domino qui avait vu des grèves interprofessionnelles fleurir dans toute la France. William Martinet, lui, ne se prive pas de dresser le parallèle. "Sur le fond, à dix ans d’écart, on se retrouve avec deux Premiers ministres qui tiennent le même discours : il faut flexibiliser le marché du travail, les jeunes doivent se précariser davantage pour accéder à l’emploi", indique-t-il. Malgré tout,  "chaque mobilisation est différente", nuance l'étudiant à Paris XIII.

"Le niveau de tolérance à la précarité a des limites"

Une chose est sûre en revanche, l'Unef ne montera "pas seule" au front et compte sur une "mobilisation unitaire, aux côtés des syndicats interprofessionnels", Bon présage pour elle : FO, CGT, mais aussi Solidaires ont annoncé qu'ils étaient d'accord sur le principe d'une mobilisation. Une nouvelle intersyndicale le 3 mars prochain permettra d’affiner les positions.

Ouvrir un front dans la rue est en tout cas nécessaire pour espérer l'emporter, estime William Martinet : "Il y a besoin de ce mouvement populaire", dit-il, convaincu. "Quand on voit la détermination du Premier ministre, il y a besoin en face d’une détermination toute aussi importante". En attendant le grand soir, la marmite bout. "Pour nous, poursuit le jeune syndicaliste, ce projet est la goutte d’eau qui fait tout déborder. Depuis dix ans, la précarité des jeunes n’a fait que s’accroître, sur le marché du travail du fait de la crise économique, mais aussi pendant leurs études. Le niveau de tolérance à la précarité a des limites. Et là, elles sont franchies."

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