Élections sous haute tension en Côte d'Ivoire. Le pays, régulièrement secoué par des violences, a été dimanche le théâtre de nouvelles échauffourées. Alors que des élections municipales et régionales étaient organisées dimanche dans la capitale, à Abidjan, des casseurs ont débarqué dans un centre de comptage des voix. "Aux environs de 21h, près de 200 personnes ont fait irruption au centre de compilation des résultats de Treichville", un quartier populaire du sud de la ville, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Commission électorale indépendante (CEI).

"Elles ont saccagé les bulletins de vote, les procès-verbaux et les urnes. Elles sont revenues vers 22h et ont emporté avec elles les urnes restantes. Malheureusement les forces de l'ordre n'ont pas pu contenir les casseurs", a poursuivi le porte-parole. Un drame pour le bon déroulement de la démocratie locale : "On n'a plus aucune donnée" sur le vote dans ce quartier, a-t-il souligné, sans préciser l'affiliation politique des casseurs.

Fraudes et intimidation

Il s'agit de l'incident le plus sérieux rapporté pour l'instant concernant ces élections organisées deux ans après la fin d'une crise post-électorale qui avait fait environ 3 000 morts. L'incident n'intervient pas n'importe où mais dans l'un des quartiers les plus disputés lors de la campagne électorale. Elle opposait les deux grands partis de la coalition gouvernementale, le Rassemblement des républicains (RDR) du président Alassane Ouattara, et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-chef d'État Henri Konan Bédié.

L'expédition menée dans le centre de compilation, n'est pas le seul incident qui a émaillé la tenue du scrutin. Selon une source onusienne, plusieurs "fauteurs de troubles" seraient venus intimider les électeurs dans un autre quartier sensible d'Abidjan, Koumassi (sud). Des cas de tentatives de fraude ont aussi été signalés dans quelques localités alors que les élections ont faiblement mobilisé la population. La CEI a ainsi annoncé un taux de participation autour de 30%.

Le Front populaire ivoirien (FPI), parti de l'ex-président Laurent Gbagbo, était le grand absent de ces élections. L'ancien chef d'État, soupçonné de crime contre l'humanité, a qualifié ces élections de "mascarade", une posture déjà adoptée en 2011 avec le boycott des législatives. Les élections municipales étaient le dernier scrutin avant la présidentielle de 2015 et devaient symboliser le dénouement d'une crise politique qui dure depuis trois ans.