"Nous resterons toujours dans l'esprit de Libreville", a promis Michel Djotodia, le chef des rebelles du Séléka qui s'est auto-proclamé président de la république centrafricaine. Agé d'une soixantaine d'années, cet ancien fonctionnaire est l'un des principaux animateurs de la rébellion depuis 2005. Selon ses déclarations, l'actuel Premier ministre du gouvernement d'union nationale Nicolas Tiangaye, figure de l'opposition au président en fuite François Bozizé, devrait conserver son poste. Des élections « libres et transparentes » devraient être organisées « d'ici trois ans".

Le président déchu n'est plus apparu publiquement depuis vendredi mais les autorités de la République démocratique du Congo ont annoncé avoir pris en charge des membres de sa famille, dont son fils, et mis en sécurité en les éloignant de plus de 80 miles de la frontière entre les deux pays.

Violences dans la capitale

Ses partisans tiennent depuis dimanche matin la capitale du pays, Bangui, où les violences se multiplient. De nombreux pillages ont été rapportés à travers toute la ville. "Il y a beaucoup de pillages avec des gens armés. Ils cassent les portes, pillent et après la population vient, se sert aussi", a affirmé par téléphone un habitant dans le centre. « On a entendu des tirs partout dans le centre ville, et c'était la débandade. Tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens", a relaté une femme partie dimanche matin à la messe à la cathédrale, proche du palais présidentiel.

Dans le centre, les sociétés de téléphonie Orange et Télécel ont été saccagées. Les pillards ont presque tout emporté, repartant avec des ordinateurs, des bureaux et même des chaises. Les bâtiments institutionnels n'ont pas non plus été épargnés. Les rebelles ont attaqué le bureau de l'Unicef, et certains ont commencé à circuler au volant de véhicules estampillés Nations unies.

La situation a conduit le président tchadien Idriss Déby, président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC), à appeler la Force multinationale d'Afrique centrale, dont son pays fait partie, à aider à sécuriser la ville. Plusieurs militaires sud-africains déployés en république centrafricaine ont été tués dans les combats avec les rebelles, a indiqué un porte-parole de l'armée sud-africaine.

Renfort des forces françaises

Paris a annoncé avoir "renforcé" son dispositif pour assurer la sécurité des Français. Quelque 300 soldats ont été envoyés en renfort à Bangui au cours du week-end, a indiqué l'état-major des armées françaises, portant à quelque 550 soldats les effectifs en Centrafrique où vivent environ 1 200 Français. Le Quai d'Orsay "appelle toutes les parties au calme et au dialogue autour du gouvernement" d'union nationale, issu de l'accord conclu le 11 janvier dernier à Libreville entre le camp Bozizé, l'opposition et la rébellion qui avait permis d'aboutir à la création d'un gouvernement d'union nationale. Un message qui semble avoir été entendus par le chef du Séléka Michel Djotodia qui a déclaré : "Nous resterons toujours dans l'esprit de Libreville".

Arrivé au pouvoir par les armes en 2003, le président François Bozizé, un ancien proche de l'empereur Jean-Bedel Bokassa, avait été élu président en 2005 et réélu en 2011 au terme d'un scrutin très critiqué par l'opposition.