L'inquiétude monte chez les Tatars de Crimée. Cette minorité turcophone et musulmane a soutenu la révolte des pro-européens, à Kiev. Une position délicate dans cette région ukrainienne tout acquise à Moscou.

Les Tatars ne représentent que 12 % de la population d'une région habitée à par 60 % de Russes et par 23% d'Ukrainiens. Ils voient d'un très mauvais œil un éventuel retour dans le giron de la Russie, dont la Crimée faisait partie jusqu'en 1954. Une domination qui a laissé de douloureux souvenirs aux Tatars, longtemps sévèrement réprimés. Ils ont notamment été massivement déportés en Sibérie en 1944, Staline les accusant d'avoir collaboré avec l'Allemagne nazie.

Tensions à Simféropol

En 1967, ils sont lavés des accusations portées contre eux. Mais ce n'est que depuis 1990 qu'ils ont pu commencer à regagner la Crimée. Et la minorité fait face à de nombreuses difficultés, pour trouver du travail, mais aussi du fait de tensions ethniques récurrentes avec les Russes. Une situation qu'une partition de l'Ukraine ne pourrait qu'aggraver.

La tension est palpable ces derniers jours dans les rues de la capitale, Simféropol. Les partisans de Moscou ont défilé mercredi en dénonçant "les fascistes [qui] ont pris le pouvoir à Kiev" et en criant "Russie, Russie !". Ils réclament un référendum sur le statut de la république autonome et militent pour la sécession. Les Tatars, moins nombreux, et certains Ukrainiens, répliquent aux cris de "gloire à l'Ukraine !" et "la Crimée n'est pas la Russie."

Alors que des pro-russes armés ont pris le contrôle du Parlement de la République autonome jeudi matin, le responsable des Tatars a dénoncé une action "terroriste" guidée par la Russie. "Tout ce qui se passe actuellement en Crimée n'aurait pas pu se produire sans le soutien des responsables politiques russes, c'est le plan de Moscou", a estimé Rifat Tchoubatov, le président du Medjlis, assemblée représentant les Tatars de Crimée.