En apparence, le marché de Volos n’offre rien de nouveau. Ouvert deux fois par semaine dans une petite salle de la ville, les étals proposent des objets en tous genres, des vêtements, des accessoires, des objets artisanaux, des produits frais ou encore des plats cuisinés. Seulement, ici, rien ne se paye en euros, tous les prix sont affichés en TEM (Topiki Enalactiki Monada). Cette monnaie alternative qui calque sa valeur sur celle de l’euro, est née en 2009.

«Pour aider notre ville et ses habitants touchés par la crise, nous voulions faire quelque chose qui soit constructif et réalisable. L’idée d’une monnaie virtuelle n’a rien de nouveau et a déjà été testée dans de nombreux pays. Mais si au début nous étions une dizaine à croire que ça fonctionnerait à Volos, très vite les gens ont suivi le mouvement», raconte Yannis Grigoriou, l’un des fondateurs du TEM.

Revenir à une certaine qualité de vie

Aujourd’hui, pas moins de 1 200 habitants proposent et vendent des services sur la base du TEM. Le système est simple et les offres multiples. Une fois inscrit sur la plateforme internet créée pour l’occasion, les habitants reçoivent 300 TEM pour débuter et ont accès à toutes sortes de prestations qui vont du cours de langue à la consultation médicale en passant par le service de plomberie et l’aide à domicile. «J’ai une femme, un bébé et aucune rentrée d’argent. J’ai une formation de peintre en bâtiment, ce qui me permet de proposer mes services sur la plateforme pour six TEM de l’heure. Avec ce que je gagne, je peux acheter d’autres choses dont nous avons besoin mais que nous ne pouvons payer en euros», explique Nikos, 25 ans.

La situation n’est pas différente pour Niki, présente deux fois par semaine sur le marché où elle vend des vêtements. «Je vis avec mon fils et ma belle-fille qui n’ont pas de travail, je viens sur le marché pour gagner des TEM et acheter à mon tour ce dont j’ai besoin. Je touche 400 euros de retraite mais nous sommes trois dessus, ce qui est très difficile quand vous devez payer le loyer et les charges. Avec les TEM, on peut souffler et se permettre d’autres dépenses.»

Un système qui va en grandissant

Grâce à un succès largement salué par les autorités locales, il est question d’ouvrir des logements pour les sans-abris de la ville. Ces derniers toucheront 300 TEM qu’ils devront rembourser en proposant à leur tour des services. «L’idée du TEM est une belle idée pour la Grèce qui traverse une période difficile. Cette monnaie permet aux gens de retrouver une certaine dignité abîmée par la crise» note Angeliki, autre pilier de ce système.

En effet, cette initiative a trouvé son public. Depuis l’exemple de Volos, d’autres villes du pays ont décidé de s’y essayer. Selon Yannis Grigoriou, près de vingt agglomérations ont depuis mis en place leur monnaie alternative et instauré leur propre mode de fonctionnement.