Pour lui, c'était un travail comme un autre. Samedi 24 mai, Kévin Chassin, djihadiste français parti rejoindre les rangs de l'État islamique, ainsi qu'un autre Français, ont été tués dans des attentats suicide contre des casernes de milices sunnites et chiites près de la ville d'Haditha, dans l'ouest de l'Irak. Au lendemain de l'annonce, la famille du djihadiste, par l'intermédiaire de son demi-frère, témoigne.

L'un des premiers Français à rejoindre Daech

Originaire du nord de Toulouse, non loin de la cité de Bourbaki, où il a grandi, Kévin Chassin n'est pas devenu Abou Maryam sur un coup de tête. Comme le raconte Brice, son demi-frère, à La Dépêche du Midi, le jeune homme aurait "toujours été faible d'esprit", et "toujours fait les trucs à fond". S'il s'interroge encore sur les raisons qui l'ont poussé à se tourner vers l'islamisme radicale, il met en cause la mosquée de Basso Cambo, dans la Ville rose.

Avant de rejoindre la Syrie et l'Irak, Kévin Chassin s'était d'abord installé au Maroc, où il s'est même marié et a eu un enfant. Une époque où il revenait régulièrement à Toulouse, environ tous les trois mois. Ce n'est qu'en 2013 qu'il fera partie des premiers Français à rejoindre le groupe État islamique. Il s'envolera pour la Syrie un jour après avoir commis à cambriolage à Toulouse, raconte le quotidien régional.

Il regrette de n'avoir jamais eu "l'honneur" d'égorger quelqu'un

Se faisant désormais appeler Abou Maryam al-Firansi – "al-Firansi" signifiant le Français en Arabe –, le jeune français prend du galon au sein du groupe djihadiste. Il commandait ainsi jusqu'à soixante combattants, et était chargé d'appeler les familles quand un Français décédait au combat. Il partait également lui-même au front, à un rythme d'une semaine par mois en moyenne, et disait qu'il allait "au travail" lorsqu'il prévenait sa famille.

A son demi-frère, Kévin parlait beaucoup de sa "vie de rêve" sur place, révèle BFM TV. Il racontait ainsi qu'il vivait dans une maison qui en France coûterait "plus d’un million d’euros", entre deux conversations autour de "l’argent, des voitures et des motos" qu'il possédait.

Parmi les confidences à son frère, il fait un jour part de son regret ne jamais avoir eu "l'honneur" d'égorger quelqu'un, révèle Brice à RTL. Une sortie qui choque son demi-frère, qui fait promettre à Kévin de ne jamais commettre d'attentat, ainsi que d'être prévenu s'il lui arrivait quelque chose. Il n'en tiendra finalement qu'une seule.

Une vidéo d'excuse à ses parents

Malgré les promesses, Brice se doutait récemment que quelque chose se préparait. Comme le raconte La Dépêche du Midi, Kévin avait quitté la Syrie pour l'Irak il y a deux mois. Très discret sur ses intentions, il disait à son demi-frère qu'il "avait un projet en cours mais que ça ne servait à rien de lui poser des questions", répondant systématiquement "je ne peux pas t'en parler".

Inquiet, Brice essayait de le convaincre de rentrer, sans succès. Entre son implication sur place au sein de l'autoproclamé État islamique, et les risques encourus en rentrant en France – quinze ans de prison selon lui –, Kévin Chassin estimait que cela ne servait à rien.

Ses proches auront finalement de dernières nouvelles peu avant les attentats. BFM TV raconte qu'il s'est excusé auprès de sa famille dans un testament vidéo fait une semaine avant sa mort. Quelques heure avant l'attentat, le jeune Français a enfin envoyé de dernières photos à son demi-frère, dans lesquelles on voit le djihadiste en tenue blanche poser tout sourire, l'index pointé vers le ciel.

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