Si l’on vous dit "lingerie écolo", il y a fort à parier que vous allez immédiatement penser à une culotte extralarge en coton bio, façon Larzac. C’est justement pour combattre cette idée reçue que Sophie Young a créé il y a deux ans la marque Do You Green. Son concept : de la lingerie à base de fibre de pin. Le résultat : des sous-vêtements résolument sexy, agrémentés de dentelle de Calais.

C’est que Sophie Young n’est pas styliste, mais architecte de formation. "En construction, on n’utilise que les troncs des arbres et jamais les branches, pleines de nœuds, souligne-t-elle. Je connaissais bien ce matériau et comment en valoriser les rebuts." D’autant que le pin pousse sous nos latitudes et est peu gourmand en eau. Si elle fabrique son tissu en France, les pièces sont assemblées dans son usine, en Tunisie, avant d’être rapatriées en bateau. Un choix que la créatrice explique par sa volonté de proposer des prix abordables (les soutiens-gorge coûtent entre 15 et 40 euros, promotions inclues).

De la branche d’arbre à la bobine de fil

L’idée est loin d’être saugrenue. Dans l’industrie textile, il n’est pas rare de transformer le bois en fibre. Une fois les branches d'arbres broyées, c’est après macération avec des enzymes que les rebuts sont transformés en fibres. Il devient alors possible de les tisser traditionnellement comme le coton. Le bois permet donc de fabriquer du tissu à partir d’une matière écologique car renouvelable. Proposer aux femmes, et aux hommes aussi d’ailleurs, de la lingerie écolo, c’est aussi penser autrement la mode : "Je n’ai jamais aimé le bling bling, mes collections sont sobres et épurées, faites pour durer", précise Sophie Young.

D’autres petites marques de lingerie se sont lancées dans cette verte aventure, choisissant, elles, des fibres naturelles, comme le chanvre, le lin ou le coton. C’est le cas d’Occidente, marque de lingerie en coton bio, ou de Peau Ethique, qui propose elle aussi de la lingerie en coton bio ou en soie. Contrairement au bois, ces fibres ne nécessitent pas de transformation avant d’être tissées.

Plutôt des petites productions

Si les petites marques sont pleines d’audace, les grandes délaissent franchement la lingerie verte. Une niche qui demanderait de remettre en cause toutes les normes de production des entreprises. "On assiste bien à un retour aux matières nobles et naturelles comme le coton, la soie, ou la dentelle…", souligne Séverine Marchesi, commissaire du Salon international de la lingerie qui a fêté ses 50 ans à Paris, en janvier.

En revanche, elle évoque la tendance de fond du "made in France" comme "éloge du savoir-faire des corsettiers français" et explique que "les grandes maisons françaises rapatrient les productions, et certaines marques se lancent uniquement sur ce créneau, comme Lejaby par exemple". Si le tsunami des culottes en chanvre n’est pas pour demain, on peut déjà se réjouir d’une production française : c’est aussi ça l’écologie.