Christiane Taubira n’est guère favorable à la déchéance de la nationalité pour les Français binationaux. Elle l'avait fait savoir fin décembre en Algérie, allant même jusqu'à dire que la mesure ne figurerait pas dans le projet de réforme constitutionnelle annoncé par François Hollande au lendemain des attentats du 13 novembre, elle en a rajouté une couche ce jeudi 7 janvier.

"Une efficacité absolument dérisoire"

Invitée d’iTélé, la ministre de la Justice a ouvertement critiqué une mesure à l'efficacité "absolument dérisoire", continuant ainsi à faire entendre sa petite musique. Quitte à jouer une fausse note, un mois avant de défendre en personne la réforme de la Constitution qui comportera cette mesure.

"Je ne fais pas mystère du fait que oui, je pense que la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable pour des Français binationaux parce que l'efficacité, je l'ai dit avant tout le monde (...) et le Premier ministre en a convenu sans difficulté, est absolument dérisoire", a-t-elle expliqué. Une critique saine, à en croire la garde des Sceaux :"Alors j'entends que j'avale des couleuvres, mais moi je pense qu'il est bon qu'on ait du respect pour les institutions. (...) Vous entendez des paroles de parlementaires qui sont aussi loyaux au président de la République et même au gouvernement et qui disent leur sentiment, leur conviction. Donc, nous sommes à un moment où nous pouvons exprimer cela".

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"Nous n'aurons pas grand monde avant longtemps"

Exprimer cela, au risque de contredire ouvertement son Premier ministre ? Cette nouvelle prise de position publique intervient en effet au lendemain de la parution d'une tribune de Manuel Valls qui déplorait, dans L'Obs, les "faux débats" autour de la déchéance de nationalité, en défendant une mesure d'"une grande portée symbolique". En outre, cette nouvelle sortie de la ministre l’expose aux critiques de l’opposition, elle qui doit défendre – avec Manuel Valls - dans quelques semaines devant l'Assemblée nationale le projet de réforme de la Constitution qui comprend la déchéance de la nationalité.

Interrogée sur le nombre de personnes qui pourraient être concernées par la déchéance de nationalité, Christiane Taubira en a rajouté une couche. Elle a en effet relativisé l'impact de la mesure : "Nous sommes face à un terrorisme particulier avec des kamikazes (...) qui se tuent eux-même et malheureusement tuent des personnes autour d'eux. Donc, il faut qu'ils soient binationaux, ensuite il faut qu'ils soient vivants, qu'ils aient été jugés, condamnés et qu'ils aient exécuté cette peine, donc, il est évident que nous n'aurons pas grand monde avant longtemps". A bon entendeur...

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