C'était en octobre 2015. Une scène qui ne s'était pas déroulée depuis 2001. Sous les fenêtres du ministère de la Justice, des milliers de policiers étaient venus manifester pour dénoncer "la rupture police-justice". La fusillade, une semaine plus tôt, lors de laquelle un policier de la BAC avait été grièvement blessé en Seine-Saint-Denis par un détenu en fuite qui n’avait pas réintégré la prison après une permission de sortie avait exacerbé la colère des fonctionnaires.

"Ce n'était pas une affaire personnelle contre la garde des Sceaux", se rappelle Nicolas Comte, secrétaire général Unité SGP Police FO, joint par metronews mercredi matin. "Mais son départ ne nous attriste absolument pas, concède-t-il. On considère que la politique pénale qu'elle menait ne facilitait pas le travail de la police sur le terrain. La justice n'était plus à l'écoute des difficultés des policiers, ni de celle des magistrats et des surveillants pénitentiaires". A l'instar de nombreux syndicats de police, la politique pénale de Christiane Taubira n'était pas jugée "assez répressive". Son départ est dès lors une satisfaction pour la majorité d'entre eux.

"Urvoas, un grand connaisseur de la police"

Les représentants du syndicat Alliance police nationale prennent ainsi "acte" de cette démission espérant "que la politique pénale mise en œuvre par le nouveau ministre sera rassurante pour les citoyens et les policiers et davantage inquiétante pour les délinquants." Pour Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie Officiers, le départ de la ministre, "incarnation d'une culture de l'excuse et d'une justice en contradiction avec le travail de police", est un "un grand soulagement". "Sa politique et ses réformes, notamment celle à venir sur la réforme de la justice des mineurs, étaient de la pure idéologie", juge-t-il avant d'asséner, "Si la justice ne suit pas, l'action de la police n'a aucun sens."

Le nom de son successeur Jean-Jacques Urvoas, juriste spécialiste des questions de police et proche de Manuel Valls, fait en revanche consensus. Le monsieur Sécurité du PS est, entre autres, le rapporteur de la loi sur le renseignement adoptée après les attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. A cette occasion, il s'était opposé à Christiane Taubira sur la question du renseignement pénitentiaire. "C'est une personne appréciée dans la police nationale, un grand connaisseur de la maison et de ses hommes. On entretient des relations régulières avec lui. Sa nomination permettra sûrement de fluidifier les choses", estime Patrice Ribeiro. "Il connaît bien le travail de terrain des policiers, abonde Nicolas Comte. Nous avons beaucoup d'attente et nous espérons qu'il sera en capacité de mettre en place le trait d'union nécessaire entre police et justice."

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