Obélix est tombé dans la marmite de la polémique. En posant ses valises à Néchin, à la frontière belge, Gérard Depardieu a relancé le débat sur l'exil fiscal, déjà ravivé par Christian Clavier et Bernard Arnault. Une nouvelle fois, la droite dénonce une "chasse aux riches" et stigmatise la politique fiscale de la gauche. De son côté, celle-ci met en avant l'impératif de solidarité et tombe à bras raccourcis sur des départs "gaulois". La décision de Depardieu est "assez minable", a ainsi jugé Jean-Marc Ayrault. Mais pour le Premier ministre, ce comportement est "très minoritaire". Reste à savoir s'il ne l'est pas de moins en moins.

"Préoccupant"...

Dès la campagne présidentielle, avocats fiscalistes ou agences immobilières de luxe avaient commencé à agiter le spectre d'une fuite des contribuables fortunés et des dirigeants d'entreprises, "effrayés" par une éventuelle victoire de la gauche. Le mouvement vers Bruxelles ou Londres s'est confirmé, affirment-ils. "Nos mandats de vente ont augmenté de 30 à 40%", nous assure ainsi Nicolas Pettex-Muffat, directeur de Daniel Féau, le spécialiste des propriétés de luxe à qui Depardieu vient de faire appel pour vendre son hôtel particulier parisien.

"On a assisté à une vague de départs lors de la présidentielle, puis à une seconde depuis la rentrée avec les lois de finances", constate de son côté Jean-Sébastien Dumont, de Nixon Peabody. Le cabinet tournait à quatre expatriations par an. Il en aura enregistré une quinzaine en 2012. D'après l'avocat fiscaliste, plus que le durcissement de l'ISF ou la taxe à 75% au-delà d'un million d'euros, c'est « l'incertitude fiscale » qui pousse à faire le grand saut. Avec un phénomène "préoccupant" : "Ceux qui partent sont davantage des dirigeants relativement jeunes, qui n'ont aucune intention d'arrêter de travailler ou de vendre leur entreprise".

… ou "marginal"

En l'absence de statistiques, Gabriel Zucman, auteur d'une étude sur l'exil fiscal, est sceptique sur la réalité de ce mouvement. "Cela fait des années que l'on entend parler d'explosion des flux de délocalisations, sans que cela ne ce soit jamais vérifié. Il faut se méfier des discours un peu mythologiques et idéologiques", prévient ce chercheur à l'Ecole d'économie de Paris. Vincent Drezet, du syndicat Solidaires finances publiques, va dans le même sens. "Seuls 717 redevables de l'ISF sont partis en 2010. Et pas tous pour raisons fiscales", souligne-t-il. Le manque à gagner est "marginal"selon ses calculs : "16 à 17 millions pour l'ISF, sachant qu'il a rapporté 4 milliards en 2010". Il faudra attendre les déclarations de revenu 2013 pour se faire une idée de la note laissée par les exilés cette année.