Vous êtes-vous entretenu avec Jean-Louis Borloo ces dernières heures ?
Pas depuis dimanche, mais dans les jours qui précédaient. Il a besoin de se concentrer sur sa santé et n'a pas voulu prolonger la situation que nous connaissons depuis son hospitalisation au mois de janvier. Il s'est dit que cela pouvait durer encore longtemps et qu'il fallait que nous nous réorganisions pour faire vivre notre famille.

Depuis dimanche, beaucoup de responsables politiques et de médias parlent de lui au passé. Peut-il revenir en politique selon vous ?
S'il revient faire de la politique, il le fera différemment. Il a abandonné toutes ses responsabilités : la présidence de l'UDI, celles du parti radical et du groupe parlementaire, mais aussi son mandat de député, ce qu'il n'était pas obligé de faire. Sa voix portera toujours auprès des militants de l'UDI, des centristes et des Français. Mais ce sera différent.

Comment le parti va-t-il s'organiser dans les prochaines semaines ?
Dès demain soir (NDLR : mardi) nous avons un comité exécutif, qui était d'ailleurs déjà prévu. Il désignera une direction provisoire transitoire, d'abord pour gérer les élections européennes. C'est notre urgence : pendant 50 jours, nous devons faire campagne sous nos propres couleurs. En même temps, cette direction transitoire doit préparer un congrès qui devrait avoir lieu au plus vite, juste avant l'été si possible. Le temps presse : en septembre il y a les élections sénatoriales, puis viendront des régionales et des départementales. Nous avons là-aussi des candidats ayant de légitimes ambitions. On ne peut donc pas se payer le luxe d'un débat interne long et inutile.

Quelle forme pourrait prendre cette direction collégiale ?
Il y a deux solutions : soit un président par intérim, qui s'engagerait à ne pas être candidat la présidence de l'UDI. Soit une direction collégiale en attendant le congrès. Ce sera une partie du débat entre nous.

Y-a-t-il déjà des noms qui se dégagent ?
Jean-Louis Borloo n'a annoncé sa décision que hier, laissez les discussions se faire.

Jean-Louis Borloo est parvenu à fédérer les différentes chapelles du centre. N'y a-t-il pas un risque que les rivalités repartent de plus belle désormais ?
J'espère que non, et je ferai tout pour que cela ne soit pas le cas. Lorsque Jean-Louis Borloo et moi-même avons décidé de franchir nos frontières habituelles pour créer l'UDI, lui en sortant de l'UMP, moi en quittant le Nouveau Centre, ce n'était pas pour rien. Nous avons démontré de belle manière que, unis, nous sommes forts. Divisés, nous ne sommes plus rien. Nous avons vu ce qu'ont donné 15 ans de divisons au centre. Là, en 20 mois, nous avons réussi à nous réimplanter dans l'ensemble des territoires français et à tripler notre nombre d'élus aux municipales : dans les 155 villes qui ont basculer de gauche à droite, 65 sont gagnées par des UDI. Ceux qui feraient le choix de jouer leur carte personnelle et la séparation seraient très rapidement condamnés à la disparition.

Après le rapprochement avec le MoDem, on peut notamment penser que François Bayrou pourrait être tenté de reprendre le flambeau...
L'UDI et le MoDem sont deux mouvements distincts. Ils ont une alliance électorale pour les européennes, dont on va voir ce qu'il advient ensuite. Ce n'est pas François Bayrou qui va parler au nom de l'UDI.

Mais ne craignez-vous pas que certains profitent de la mise en retrait de Jean-Louis Borloo pour prendre le leadership du centre ?
"Certains", c'est qui ? Vous ne pouvez par définition penser qu'à François Bayrou. Il a dit dans la campagne des municipales qu'il ne serait candidat à aucune autre élection, ni aux européennes, ni aux législatives, ni à la présidentielle. Ce n'est pas une façon de prendre le leadership ! Il y a aujourd'hui un changement de direction, de génération, qui s'opère d'ailleurs aussi bien au MoDem qu'à l'UDI. Il doit se faire dans la responsabilité et dans l'unité pour permettre de poursuivre l'aventure.