Un "contexte politique défavorable". Le débat sur la déchéance de nationalité a eu raison de l'association de Dounia Bouzar, qui œuvre pour la prévention de la radicalisation. Cette dernière a annoncé jeudi 11 février la fin du contrat qui la liait à l'Etat.

Particulièrement médiatisée ces derniers mois, la cofondatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), s'appuyant sur le travail effectué par son association au plus près des jeunes radicalisés et des familles dont les enfants sont partis en Syrie pour faire le djihad, a fourni de nombreuses clés pour comprendre ce phénomène déroutant.

Le suivi de 771 jeunes transmis aux préfectures

Le projet sur "la déchéance de nationalité crée un contexte politique défavorable à l'entreprise pédagogique et scientifique pour prévenir la radicalisation", a commenté ce jeudi le CPDSI, en annonçant la rupture du marché le liant à l'Etat et renonçant ainsi à "l'octroi d'un nouveau budget annuel de 595.300 euros pour une deuxième année" de mandat à compter d'avril.

Le ministère de l'Intérieur avait missionné l'association en avril 2015 pour appuyer les cellules antiradicalité des préfectures. Selon Libération, le relais concernant les quelque 771 jeunes suivis en 2015 par le centre, sera transmis aux préfectures. Le ministère de l'Intérieur pourrait en outre lancer un appel d’offres pour trouver de nouveaux intervenants, indique le quotidien.

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Construire une école de "déradicalisation"

"Faire croire aux Français que la déchéance de nationalité sera un symbole pour lutter contre Daech est une réponse déconnectée de la réalité. Cette posture va plonger la France dans un retard en matière de prévention contre le processus de radicalisation de nos jeunes", estime le centre dans son communiqué. 

"Va-t-on recommencer à relier l'origine ethnique des individus au processus de radicalisation?", demande-t-il, rappelant que "c'est pour lutter contre l'amalgame entre musulmans et radicaux" que le CPDSI avait conçu des indicateurs de radicalisation reposant sur "des comportements de rupture et non pas sur la pratique ou l'apparence religieuse".

L’organisation de Dounia Bouzar affirme qu'elle continuera "ses recherches avec les familles au sein des réalités de terrain" et envisage de construire une école de "déradicalisation".

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