En l'absence, selon les autorités, de toute lacune des systèmes de sécurité ferroviaires, l'irresponsabilité du conducteur du train qui a déraillé le 24 juillet en Espagne, à proximité de Saint-Jacques-de-Compostelle, passe pour la seule et unique cause de l'accident qui a fait 78 victimes, dont un Français.

Un parfait coupable

L'employé de la Renfe, la compagnie ferroviaire publique espagnole, légèrement blessé et déjà entendu par les enquêteurs vendredi depuis son lit d'hôpital où il s'est tenu au silence a été transféré au commissariat pour la suite de sa garde à vue. Soupçonné d'"homicide par imprudence", Francisco José Garzon Amo, 52 ans, dont trente au service de la Renfe, pourrait être présenté à un juge dès dimanche.

"Il y a des indices raisonnables pour considérer qu'il puisse avoir une éventuelle responsabilité dans ce qui s'est passé, ce que devront de toute façon déterminer le juge et l'enquête", a déclaré le ministre de l'Intérieur Jorge Fernandez Diaz, en déplacement sur les lieux de la tragédie ferroviaire où la locomotive sectionnée gisait encore.

Lancé trop vite, déjà rappelé à l'ordre et au téléphone

Deux enquêtes sont en cours, l'une judiciaire, l'autre administrative. Sans présumer de leur issue, très tôt, le cheminot aux manettes, réputé amateur de vitesse, a été mis en cause. De nouveau, à l'antenne de la télévision nationale, le bien nommé Gonzalo Ferre, à la tête du gestionnaire du réseau Adif, a souligné que "déjà, quatre kilomètres avant le lieu de l'accident, il s'est vu notifier de commencer à ralentir". A priori en vain, malgré sa bonne connaissance du parcours et de ses difficultés.

"A cet endroit passent six trains chaque jour et ce conducteur y est passé 60 fois, c'est-à-dire que sa connaissance de la ligne doit être exhaustive et maximale, à un endroit où la vitesse est limitée de manière permanente à 80 kilomètres/heure", a de même déclaré à la télévision Julio Gómez-Pomar Rodríguez, le président de la Renfe. Parmi les éléments à charge contre le conducteur, la retranscription d'une communication radio divulguée par le journal El Pais, dans laquelle le suspect indiquait circuler à 190 km/h, là où la limite était fixée à 80, et une vidéo du train lancé à toute allure à l'entrée du funeste virage où il est sorti des rails. Selon l'autre grand quotidien espagnol El Mundo, citant des sources proches de l'enquête, il se pourrait qu'à ce moment précis, le conducteur était en conversation sur son téléphone portable.

Pourquoi l'absence d'un système de freinage automatique ?

Pour autant, ce coupable tout désigné, que des collègues ont cependant décrit à la presse comme "prudent", est-il le seul responsable ? Ce n'est pas dit vu du syndicat de conducteurs de trains Semaf, dont le secrétaire géneral, Juan Jesus Garcia Fraile, a estimé que l'accident aurait "évidemment" pu être évité si le dispositif de sécurité adéquat avait été à l'oeuvre. Le train qui a déraillé est en effet un modèle hybride fabriqué par les sociétés espagnole et canadienne Talgo et Bombardier. Autrement dit, la rame pouvait évoluer à vitesse classique ou à plus vive allure. Le hic est que sur le tronçon courbe où s'est produit le déraillement, en zone urbaine, ce train était capable d'aller bien plus vite que la vitesse prescrite. Ailleurs sur la ligne, le système de freinage automatique en cas de dépassement aurait pu intervenir, mais à cet emplacement, il n'y en avait pas.

Pour la ministre espagnole des Transports, Ana Pastor, ce n'est pas la question. "Les systèmes de sécurité en Europe et en Espagne sont adaptés à tout moment aux types de trains et à la vitesse maximale autorisée, et il y a des protocoles définis que doivent suivre les personnes qui ont la responsabilité de conduire le train", a-t-elle dit à la radio Cadena Cope. Dont acte. On aura sans doute l'occasion d'en reparler.

Au dernier bilan, quatre jours après la catastrophe, 71 des 178 blessés, dont 31 dans un état grave étaient toujours hospitalisés. Soixante-dix-huit passagers ont trouvé la mort, dont trois n'ont toujours pas été identifiés. Lundi soir, un hommage leur sera rendu en la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle devant laquelle de nombreux pèlerins anonymes ont déposés des bouquets de fleurs et des bougies.