Cravate rouge et sourire goguenard accroché au visage, Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de Gauche (PG), était l'invité jeudi soir de l'émission qui se veut politique de France 2, Des paroles et des actes. Mais de politique, les spectateurs ont peu entendu parler. Alors que les chiffres du chômage, vertigineux, sont tombés en fin de journée, les interviewers de France 2, David Pujadas et Nathalie Saint-Cricq, ont préféré parler sémantique pendant près d'une heure avant de passer aux dossiers brûlants. Face à eux, un Jean-Luc Mélenchon en forme, tantôt enjôleur, tantôt enflammé, et toujours cabotin.

De l'expression "coup de balai" employée pour parler de sa marche du 5 mai au qualificatif de "salopard" pour désigner Pierre Moscovici, la première partie de l'émission était semble-t-il consacrée à un débat sur le vocabulaire du leader d'extrême gauche. Nathalie Saint-Cricq a tenté tant bien que mal de le piéger sur son terrain favori, les mots. Sans trop savoir où elle voulait en venir et laissant le champ libre à un Jean-Luc Mélenchon qui s'est targué justement de parler avec des "mots drus et crus" contre la "langue des importants".

Laurent, mon ami manifestant

Le champ libre aussi pour organiser sa petite mise en scène. L'ancien socialiste n'avait pas oublié de venir avec son ami Laurent. Ce manifestant assis dans le public, condamné à cinq ans d'inéligibilité pour avoir "jeté un œuf sur quatre CRS" et qui ne bénéficiera pas de l'amnistie sociale, refusée par le gouvernement. Il en a profité au passage pour égratigner François Hollande dans un climat des plus tendus entre les socialistes et le parti de Mélenchon : "Nous n'avons jamais été fâchés, pour se fâcher avec François Hollande, il faudrait arriver à avoir une discussion suivie", a lancé celui qui se verrait bien Premier ministre.

Place ensuite à la diffusion d'une vidéo d'une remise de prix par le magazine GQ au codirigeant du PG, de dictons écrits sur une ardoise apparaissant à l'écran et auxquels Mélenchon devait réagir pour parler éducation : France 2 avait mis le paquet sur les effets. Mais le vieux renard a malgré tout réussi à emberlificoter les journalistes, même un peu le Monsieur Economie de France 2, François Lenglet. On aura compris que Jean-Luc Mélenchon veut instaurer un "rapport de force" avec l'UE changer les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour en faire un levier de croissance. Il a parlé de PSA, de l'écologie - "La mer est l'avenir de l'humanité" selon lui - mais il s'est montré moins prolixe quant à la mise en œuvre de ses projets.

On retiendra aussi du débat économique avec Jacques Attali la méthode exposée par l'ancien conseiller de François Mitterrand pour tuer une tortue (il faut la piquer à la tête), plus que la métaphore qui allait avec. Un manque de fond, donc pour ce grand oral avec des journalistes donnant souvent des coups d'épée dans l'eau : une soirée qui rappelle que Jean-Luc Mélenchon est la coqueluche des médias avant d'être celle des Français, dont 11% seulement lui avaient donné leur voix aux élections présidentielles. Le soufflé est à nouveau retombé.