Caluire : Merah était chez lui, à l'intérieur de son appartement. Qui a eu la lumineuse idée de déclencher cet assaut de nuit alors qu'une poignée de fonctionnaires en civil pouvaient le neutraliser à l'extérieur à sa première sortie ? Cette action n'a-t-elle pas plutôt été organisée dans un but bassement électoral?
Il y a pire, Caluire. Selon mes informations, la veille les policiers en planque ont vu Merah revenir chez lui alors qu'ils ne l'avaient pas vu sortir ! Ils avaient oublié la porte de derrière ! Quant au timing, on remarquera que faire le siège revenait à attendre - au moins - l'heure des obsèques très officielles des militaires à Montauban.
Charlotte : Pourquoi y a-t-il eu besoin d'autant de policiers pour un seul homme et autant d'heures d'attente avant de passer à l'assaut alors qu'il y avait eu besoin de moins d'hommes pour les 4 preneurs d'otage islamistes dans la prise d'otage du vol 8969 d'air France en décembre 1994 ?
Autant de policiers, cela ne me pose pas de problèmes, compte tenu du fait que la police savait qu'elle tenait (sans doute) l'auteur (présumé) de sept crimes très violents, armé lourdement... Pour ce qui concerne le temps passé pour intervenir, il se pose beaucoup de questions. Il ne fait aucun doute que Merah ne se serait jamais rendu. Reste la possibilité d'intervention au moment où il était dehors, la veille au soir ou le matin du début du siège puisque l'on a su qu'il allait à nouveau essayer de tuer... Pour résumer, ce n'est pas une opération satisfaisante, surtout si l'on imagine que l'on aurait pu repérer Merah bien avant et le surveiller étroitement...
"La gendarmerie a été délaissée par Sarkozy"
Loule : Comment Merah, peut-il avoir surgi de sa planque, la salle de bain, avec "un Colt 45 dans chaque main" et tirer successivement une trentaine de balles, à en croire le Raid, quand on sait que le Colt 45 et autres 45 Automatic contiennent 8 cartouches dans le magasin ? Face au feu nourri des policiers, on voit mal Merah recharger ses armes pendant l'assaut !
C'est en effet une question qui mérite d’être posée, même si, selon les modèles le Colt peut contenir un peu plus de balles. Mais il semble qu'il ait commencé à tirer avant de sortir. De plus, 30 balles face au quelque 270 tirs du Raid, ce n'est pas beaucoup tout de même.
Michel : Pourquoi est-ce que le Raid qui est intervenu à Toulouse lors de l'assaut contre l'appartement de Merah et non le Gign ? Dans ce genre de situation, c'est plutôt eux qui sont là, non ?
Pas forcément. Le choix du service est à la discrétion du directeur de la police et du ministère. Frédéric Péchenard le Directeur Général de la Police Nationale est un flic. Il préfère sans doute la police à la gendarmerie, laquelle de plus a été laissée de côté par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à l'Intérieur en 2002.
Boby : Pourquoi ne pas avoir gavé Merah de gaz paralysant ?
Bonne question. Le Raid dit : ˝impossible car portes et fenêtres étant brisées, le gaz lacrymogène se serait dispersé à l'extérieur. Le GIGN rétorque qu'en grosse quantité cela aurait suffit. Quoi qu'il en soit, une des explications du chef du Raid sur la façon dont ses hommes étaient en train d'essayer d'injecter du gaz dans la salle de bain laisse à désirer. Elle est même grandguignolesque : le patron du Raid a en effet dit durant C dans l'Air sur France 5 que ses hommes étaient en train de percer les cloisons de la salle de bain où se trouvait Merah pour pouvoir jeter leurs grenades... On imagine qu'ils ont d'autres moyens pour "gazer" quelqu'un dans de telles conditions. Sinon, on comprend pourquoi l'assiégé a fini par sortir en force.
"Merah avait le profil type de l'agent de la DCRI"
Mimi : Je voulais savoir pourquoi la police ou le ministère de l'Intérieur ne manifestent pas une transparence par rapport à des preuves de la mort de Merah? Pourquoi on ne montre pas des photos par exemple? Comment peut-on croire à la version officielle selon laquelle un homme peut à la fois tirer à fond sur les policiers et sauter du balcon ?
L'ensemble de cette opération s'étant déroulé dans des conditions visiblement très problématiques, on peut même se demander si la police a filmé son intervention. Quant aux photos de Merah mort à terre, elles existent, elles ont été faites par l'identité judiciaire. On remarquera qu'on nous avait d'abord annoncé deux balles mortelles puis, plus tard, une vingtaine. Il faudra sans doute encore pas mal de temps pour en apprendre plus...
Libra : Peut-on penser que Mohamed Merah a pu être manipulé par la police française, était-il un agent de la DCRI ?
La manipulation de Merah par le renseignement français, certains anciens flics des RG (Renseignement Généraux, ndlr) m'ont expliqué que Merah était le profil type de ceux qu'ils tentent de recruter... De là à avouer que cela a été le cas, la DCRI n'en est pas là. Je pense malheureusement qu'elle a raté le cas Merah.
Mimi : L'ancien avocat de Merah ne trouve pas crédibles les avancées de l'avocate du père de Merah et la soi-disant vidéo où Merah aurait dit aux policiers "pourquoi vous me tuez, vous m'avez trahi". Qu'en pensez-vous ?
Si de tels éléments existent, ce serait la preuve que Merah était un agent de la DCRI et que celle-ci en a perdu le contrôle. Mais pour l'instant, aucune preuve formelle ni dans un sens ni dans un autre...
"Claude Guéant avait affirmé que le flash-ball était dangereux"
Rashou : Le policier nantais, a été relaxé dans l'affaire où il était jugé pour avoir éborgné un lycéen à l'aide de son flash-ball. Le motif du juge était "Il a obéi à un ordre donc il n'a pas de responsabilité pénale." Pensez-vous, comme moi, qu'on se moque du monde ?
En droit, pas forcément. Humainement, on peut se poser la question. Et quand bien même le policier incriminé ne pouvait être responsable, on aurait pu aller voir du côté de ceux qui ont donné l'ordre. Je note que, lorsqu'il était directeur de la police, Claude Guéant, actuel ministre de l'Intérieur, avait pondu une note disant que le flash-ball pouvait être dangereux et qu'il ne fallait l'utiliser que dans des cas extrêmes.
Paulo : La police judiciaire lyonnaise s'est-elle remise du scandale Michel Neyret ?
Non, et encore moins son antenne grenobloise. Et on comprend certains policiers entraînés dans cette histoire. Car, l'une des choses les plus terribles de cette affaire, c'est que, selon les éléments en notre possession et nonobstant la présomption d'innocence, M.Neyret pour arriver à ses fins, à emmener derrière lui des policiers qui lui faisaient confiance.
"Les indics sont aussi payés en espèces"
Momo : Les indics des stup’s sont-ils toujours rémunérés avec de la marchandise contre leurs informations ?
Oui, bien entendu ! Et pour continuer sur la mise en parallèle avec Neyret, face à certains de ses collègues en poste à l'office des stup's dans les années 90, dont je raconte les "exploits" dans mon bouquin, il fait office d'enfant de choeur. Les indics sont aussi payés en espèces, à la prime ou en effaçant certaines ardoises avec la Justice.
Edenpark : et vous trouvez ça normal de donner des primes pour des interpellations ? Cela n'incite-t-il pas les policiers à ne travailler que sur des affaire de stup's ?
Les primes aux résultats pour les policiers les incitent à faire des "croix dans les cases", du chiffre, en tapant sur le plus petit consommateur. Par ailleurs, on ne peut considérer comme normal les pratiques au sein de la police des Stup’s. En tout cas, Elles ne datent pas d'hier. La prime des indics pour les grosses prises se calcule au kilo récupéré. Quand elles sont trop importantes la prime est ˝ forfaitisée ˝. Mais il y a aussi eu une époque où les stup's organisaient des "coups de vente" (interdits par la loi à l'époque) et là, les indics empochaient la prime plus l'argent de la transaction plus, parfois, un peu de drogue à revendre à leur compte !
DSK et le Carlton : "La DCRI était au courant"
Michel : En qualité de maire de Lille, Martine Aubry était-elle au courant de l'affaire du Carlton avant que cela sorte dans la presse ? Surtout qu'un haut responsable policier de la ville est impliqué...
Elle, personnellement, sans doute pas. D'autres autour d'elle à la mairie, peut-être. Mais ce que m'a expliqué l'ancien patron de la PJ lilloise c'est qu'il est impossible que la DCRI (encore elle !) n'ait pas connu l'affaire, l'avancée de l'enquête et même la présence de DSK dans le dossier. En effet, l'un des principaux protagonistes était en relation avec un des responsables de la DCRI.
Jim : Un deuxième coup de filet islamiste ce matin, ca commence à faire beaucoup, non ?
Il n'y a pas de secret. Il y a eu dysfonctionnements dans l'affaire de Toulouse, de longue date. Si nous n'étions pas en période électorale, il y aurait déjà eu du ménage de fait dans la police. Pour information, une de mes sources au ministère de l'Intérieur m'a expliqué hier encore que, quel que soit le résultat des élections, et si le Président sortant repasse, il y aura beaucoup de changements dans la Police. On remarquera d'ailleurs que, après l'affaire de Toulouse, on nous a dit qu'il était difficile de surveiller trop de suspects. Ceux pris dans les dernières opérations étaient pourtant nombreux et visiblement, ils étaient sous étroite surveillance.
"Pas plus de sympathisant FN dans la Police qu'ailleurs"
Jean-Jacques : Est-ce vrai qu'il y a beaucoup de sympathisants du FN chez les policiers ?
Voici peu la police, c'était 120 000 fonctionnaires, les gendarmes 85 000, soit des effectifs suffisamment importants pour être un reflet de la société. Il n'y a donc ni plus ni moins de sympathisants d’extrême droite qu'ailleurs. Il s'agit plus de "réflexes" d'autorité, parfois graves, contre des minorités, autant de choses qui peuvent laisser à penser qu’il y a beaucoup de gens d’extrême droite. Dans les années 2000, lors des grosses manifs de gendarmes, certains bus pour Paris avaient été payés par des représentants locaux ou régionaux du FN.
Ahmed : Concernant l'affaire des écoutes des journalistes du Monde, pourquoi le patron de la DCRI est mis en examen, et pas celui de la police nationale ? Et pourquoi, même mis en examen, le patron de la DCRI reste en fonction ?
Il est vrai que, dans d'autres pays, le patron de la DCRI, Bernard Squarcini , aurait peut-être été invité à prendre un peu de "repos" le temps de l'instruction... Quant à l'implication du directeur de la police, selon les témoignages que j'ai recueillis sur cette affaire, des "éléments de langage" à destination du juge avaient été mises au point entre le patron de la DCRI et le Directeur Général de la Police Nationale mais il semble que ce dernier ne les ai pas suivi jusqu'au bout. Du coup, sa responsabilité directe était moins évidente. Mais le magistrat a encore le temps...
"Les flics sont minés par le manque de reconnaissance"
Irma : Franchement, Olivier Marchal n'en fait-il pas trop sur la police qui est toujours au bord de la crise de nerfs ? Il donne toujours une image sombre du métier. Est-ce la réalité ?
Ce fut la réalité, moins aujourd'hui... quoique. Il y a toujours beaucoup de suicides dans cette administration. Pas toujours pour des raisons de boulot mais tout de même. En fait, et c'est ce que j'ai essayé de démontrer dans mon bouquin, ce n'est pas tant les problèmes matériels au travail qui minent les flics. C'est le fait qu'ils se sentent peu reconnus : par le public, par leur hiérarchie, par les politiques. Depuis toujours, ces derniers se servent des policiers mais s'en éloignent dès qu'ils n'ont plus besoin d'eux...
Olivier : Pourquoi la police fait-elle exclusivement la chasse aux groupuscules d'extrême gauche et non à ceux d'extrême droite ?
J'ai bien peur qu'elle ne fasse la chasse (en tant que telle) à aucun d'entre eux... L'affaire de Tarnac est là pour nous le prouver. Car, en imaginant que certains de ces jeunes gens aient eu des choses à se reprocher, là encore, la DCRI s'y est pris de travers. Je n'ai jamais trop aimé les méthodes des RG, sauf dans la lutte anti-terroristes. Mais, force est de constater que dans ce dossier, ils s'y seraient mieux pris pour ne pas, surtout, avoir à subir les pressions des politiques qui les ont fait intervenir trop tôt
Pauline : Qui est le meilleur flic que vous ayez croisé durant votre carrière ?
J'en ai croisé quelques uns, et pas forcément chez les "vedettes" de la police. D'ailleurs, la "starisation" de certains est du seul fait ( de la faute) des journalistes. L'un des meilleurs flics que j'ai connu était devenu mon ami. Il se prénommait Pierrot. Une nuit, il m'a démonté le dossier d'enquête de ses collègues de Nancy qui avaient repris le dossier du petit Grégory après les gendarmes. Mon pote n'avait jamais vu un boulot si mal fait et orienté. Pierrot ne passait jamais le sas des prisons car il disait que "derrière, c'était trop horrible". C'était un grand poulet mais surtout un sacré bonhomme !
"Notre police scientifique est très performante"
Marie : Vous la jugez comment notre police par rapport à celles de nos voisins européens ?
Pas plus mauvaise, pas meilleure non plus. Peut-être plus démotivée quoi que, pour avoir travaillé un peu partout, les flics ne sont pas mieux lotis ailleurs, sauf au niveau de la paie... Et le moins que l'on puisse dire c'est que cela joue sur la motivation ! En revanche, patrie de la police scientifique, la France est très performante à ce niveau
Eric : Que faut-il faire pour devenir un bon journaliste qui suit la police ?
C'est assez aisé pour moi de répondre à cette question, compte tenu de la façon dont j'ai commencé. Mais je ne suis pas certain que, de nos jours, on puisse suivre un tel cursus. En fait, j'ai commencé en presse régionale. Et là, vous êtes forcément confronté aux faits divers, petits ou gros (D'ailleurs, il n'y a pas de petit ou de gros sujet, il y a les bons et les mauvais). Et si vous couvrez le fait divers, vous fréquentez policiers, gendarmes, magistrats, avocats, etc. L'important étant de ne jamais se prendre pour un flic et de rester à sa place. Malheureusement, je ne suis pas certain que l'on puisse correctement apprendre cette spécialité dans les écoles de journalisme, au demeurant (presque) incontournable.
Le chat est désormais terminé. Merci à tous de l'avoir suivi. Alain Hamon, merci. Un dernier mot?
Merci à toutes et à tous, en espérant qu'à cause de nous la police ne sera pas trop sur les dents car, c'est bien connu, quand elle l'est, c'est sur "celles des autres" (Boris Vian).

















