"Servez-vous, c'est gratuit." Ces panneaux plantés dans une jardinière emplie de tomates ou d'herbes aromatiques, invitent les passants à la cueillette. On peut en croiser devant un pavillon de Saint-Nazaire, sur une place à Bastia, dans un village d'Alsace… autant de localités qui ont rejoint le mouvement des Incroyables comestibles. "On plante, on arrose, on partage : la ville est transformée en potager géant et gratuit", explique son coordinateur, François Rouillay.

Cet Alsacien a découvert il y a un an l'expérience de Todmorgen, au nord de la Grande-Bretagne. Dans cette ville de 14 000 habitants, sinistrée par la crise de 2008, deux femmes, Mary Clear et Pamela Warhurst, ont planté des légumes et de la rhubarbe devant chez elles, à disposition de tous. L'idée, nommée en VO "Incredible Edible" , a séduit les voisins, puis la municipalité. "Maintenant, il y a 70 bacs partout en ville. Des familles volontaires s'occupent de l'entretien, décrit François Rouillay, qui s'est rendu sur place. Il y en a même un, empli de pois, de choux et de courges, devant l'hôtel de police. Tout le monde vient se prendre en photo devant."

Les habitants de Todmorgen ont ainsi retrouvé le goût de l'alimentation locale – bio, évidemment. En développant des circuits court, avec des agriculteurs de la région, la localité souhaite désormais atteindre l'autonomie alimentaire. Plus de 35 villes britanniques ont emboîté le pas de cette initiative, qui a même reçu le soutien du Prince Charles.

Des terres-pleins devant les HLM

En France, l'expérience a démarré au printemps, d'abord à Colroy-la-Roche (Bas-Rhin), où habite François Rouillay, puis dans les localités voisines. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, les Incroyables comestibles ont essaimé partout. Plus d'une cinquantaine d'actions sont recensées.

A Bastia, Agathe Lassner s'est lancée sous l'œil d'abord sceptique de ses amis. "J'ai installé des pots de tomates, de poivrons et d'herbes aromatiques devant chez moi et sur une place de la ville en août. Il n'y a pas eu de vols. Ça a créé des discussions. A la rentrée, des écoles m'ont contacté. Avec l'appui de la mairie de Moriani, près de Bastia, nous allons cultiver des terres-pleins devant des HLM au printemps." Cette sculptrice de 40 ans n'avait pas un profil militant, mais a été séduite par la simplicité du geste. "C'est du bon sens, on doit manger tous les jours. C'est une manière de rassembler."