Haro sur la pilule. Prescrites actuellement à 1,5 million à 2 millions de femmes en France, les pilules nouvelle génération sont aujourd'hui au cœur d'un vif débat, accusées d'avoir provoqué des décès et des accidents graves. Des plaintes contre leurs fabricants se multiplient tandis leur déremboursement a été avancé à mars 2013. Parallèlement, l'anti-acnéique Diane 35, détourné en usage contraceptif, sera suspendu du marché d'ici trois mois. Pour les 5 millions de femmes sous pilule en France, c'est l'incompréhension et la panique.

Les gynécologues sont déjà submergés d'appels. "Nous croulons sous les demandes de rendez-vous de femmes de tous âges, inquiètes d'être concernées ou qui veulent tout simplement changer vite de mode de contraception", constate un cabinet de gynécologie parisien. Le numéro vert dédié à l'information sur les pilules contraceptives a lui reçu plus de 6 000 appels en une semaine. Pour la présidente du planning familial, Carine Favier, "la suspicion" pèse désormais sur "l'ensemble des méthodes de contraception".

"Une dangereuse banalisation"

L'inquiétude enfle, la polémique aussi. Quatorze pilules contraceptives de marques différentes impliquant cinq laboratoires font aujourd'hui l'objet de plaintes. S'oriente-t-on vers un nouveau scandale sanitaire ? Le CHU de Brest, après avoir passé au crible ses hospitalisations, estime que 35 décès par an seraient causés par des accidents liés à la pilule. Bien loin des 17 cas de décès comptabilisés sur 25 ans issus de la base nationale de pharmacovigilance. Pire, 80% des femmes ayant fait des accidents cardiovasculaires sous pilule n'auraient jamais dû prendre de contraceptif oral, présentant au moins un facteur de risque (tabac, antécédents, surpoids...).

L'Agence nationale de sécurité du médicament a mandaté une équipe pour faire le point, tandis que l'agence européenne du médicament a été chargée de réexaminer les pilules contraceptives de 3e et 4e génération. La polémique ne fait que commencer. Mais pour Bérangère Arnal, gynécologue à Bordeaux, elle a déjà eu le mérite de mettre en lumière ce qu'elle voit comme un véritable "asservissement" de la pilule, autant pour les femmes que pour les prescripteurs. On le constate aujourd'hui, cette "banalisation n'est pas sans danger".