"Si vous avez des informations sur un nazillon qui a publié une photo de lui effectuant ce geste depuis son emploi (la quenelle, ndlr), n’hésitez pas à nous contacter". Les messages diffusés par JSSNews, un site spécialisé sur l'actualité juive,  - "apolitique et sioniste", selon son créateur - sont clairs. Par cette "chasse aux nazillons", rédacteurs et bénévoles veulent "débusquer les fachos du 21e siècle, ceux qui font ce salut nazi depuis leur lieu de travail et de les dénoncer à leurs employeurs". Cette véritable vendetta, sorte de parallèle (très) risqué avec la traque des bourreaux de la Seconde guerre mondiale, ne cesse de prendre de l'ampleur.

Contacté par metronews, le fondateur du site, Jonathan-Simon Sellem, assume cette méthode. "On a commencé cette chasse fin novembre, lorsque la justice fermait les yeux sur Dieudonné et ces multiples quenelles", raconte ce jeune journaliste. "Au début, nous récoltions quelques informations sur les gens coupables d'avoir publié des photos en faisant des quenelles, puis le site de Dieudonné a été piraté et toutes les identités des personnes appartenant à la 'Dieudosphère' ont été divulguées". Depuis, cette traque est un travail à plein-temps, devenue beaucoup plus facile. Dimanche et lundi, près de 35 auteurs de quenelles ont vu leur photo, leur adresse mail, parfois le scan de leur permis de conduire, publié sur le site.

"La délation, c'est dénoncer des personnes innocentes"

A chaque publication, JSSNews contacte les employeurs des "accusés" pour exiger leur licenciement. "Des pompiers suisses ont été virés, des serveurs", Nabil, un éducateur de 26 ans en Seine-et-Marne a également été contraint à la démission... De quoi interroger le site Rue89. " Le site JSS News, croyant servir sa cause, traque et affiche les adeptes de la quenelle. Nous éviterons toute référence aux heures les..... Mais ça ne sent pas bon", écrivait dimanche Blandine Grosjean, rédactrice en chef du site d'information. "Une personne qui fait un salut nazi déguisé ne peut pas rester impunie. La délation, c'est dénoncer des personnes innocentes comme les juifs à l'époque. Or, ces personnes qui font des quenelles sont coupables", se défend le jeune fondateur.

Et Jonathan-Simon Sellem assure qu'il choisit méticuleusement ses proies. "Nous avons une liste de 1.500 prioritaires, mais les 8.500 autres seront aussi identifiés. Nous savons que toutes les quenelles ne se valent pas. Mais ceux qui prennent des photos avec ce salut nazi commis devant un mémorial, devant des lieux rappelant la Shoah, sont coupables d'antisémitisme", prévient Jonathan-Simon Sellem. Pourtant, de nombreuses personnes épinglées par JSSNews ne posent pas devant de tels lieux, certains sont devant des banques, dans des supermarchés ou dans la rue.

"La vengeance n'a pas sa place"

Pourquoi ne pas remettre les clichés à la justice plutôt que de les diffuser sur internet ? "La justice n'a pas le temps de traiter tous ces cas. Et ces personnes n'ont pas à se cacher derrière leur ordinateur", rétorque le justicier-journaliste, qui assure avoir la communauté juive derrière lui. Et d'ajouter : "S’il y a un pédophile dans ma rue, je préviens d'abord mes voisins et après la police'. Mais cette vengeance pourrait s'avérer dangereuse. Il y a quelques jours seulement, six jeunes ont été mis en examen pour avoir organisé une expédition punitive contre des... auteurs de quenelles. "Je condamne ces actes. Mais si cela devait arriver à une personne dont nous avons publié l'identité, en aucun cas JSSNews ne serait responsable", se défend-t-il, difficilement.

Contacté par metronews, Meyer Habib, député UDI de la 8e circonscription des Français à l'étranger (qui comprend Israël) et ancien vice-président du Crif, se montre un peu gêné vis-à-vis de cette initiative. "J'admire le site JSSNews et il n'y a pas de doute, la quenelle est un salut nazi. D'ailleurs, je vais tenter, avec Jean-Louis Borloo, de faire adopter une loi pénalisant plus durement les auteurs de ce geste. Après, je considère que c'est à la justice de gérer cela, la France est un État de droit ou la vengeance n'a pas sa place", développe-t-il. A bon entendeur.