Si l'enquête n'a pour le moment pas déterminé quel rôle a joué Francisco Benitez dans l'affaire des disparues de Perpignan, elle permet cependant de cerner un peu mieux l'homme. Cet ancien légionnaire s'est pendu en uniforme, le visage recouvert d'un foulard noir, le 5 août, ne supportant plus, selon lui, les accusations dont il faisait l'objet. "Paco", comme le surnomment ses proches, laisse filtrer peu de traces de son passé si ce n'est une naissance à Algésiras, en Espagne, en 1953, avant de faire son entrée à la Légion en 1986, qui lui permet d'"effacer" son identité, au profit d'une autre.

Quelques missions plus tard, notamment dans le Golfe, au Kosovo ou encore en Afrique, Francisco Benitez est affecté à Marseille où il rencontre Marie-Josée, mère de quatre enfants de quatre pères différents. "Paco" sera ensuite muté à la caserne de Chabrières à Nîmes avant de s'installer à Perpignan où il devient, en 2010, chargé du recrutement de la Légion. "Je l’ai eu en instruction pendant quatre mois, en 1994 ou 1995. Je me souviens de son sourire. C’était un bon élément", témoigne Aliksey Kent, ancien légionnaire au 4e régiment étranger de Castelnaudary, dans les colonnes du Midi Libre.

Homme à femmes

Francisco Benitez accorde beaucoup d'importance à l'image qu'il renvoie. "Il était toujours élégant, tiré à quatre épingles", commente Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan, qui l'a souvent croisé dans des cérémonies officielles, au Nouvel Observateur. Impliqué dans des actions sociales hétéroclites, ce légionnaire modèle se double d'un père exemplaire avec sa fille, Allison, née en 1994, qui rêve de mannequinat. Francisco l'accompagne partout et en est "très fier". A une journaliste de Paris Match, la directrice d'école d'Allison a confié que le légionnaire "suivait sa scolarité de près, il assistait à ses défilés, il était très présent". Pourtant, la jeune fille a posté sur son profil Facebook, le 7 juin, une chanson de Stromae, "Papaoutai", dans laquelle le chanteur belge regrette un père trop souvent absent. Un message qu'Allison semble approuver. Lorsqu'un de ses amis évoque "les papas qui ne font pas leur rôle de père", elle acquiesce d'un "Voilà c'est ça".

Homme à femmes, Francisco Benitez a plusieurs maîtresses. A Nîmes, c'est Simone de Oliveira Alves, une Brésilienne mère de quatre enfants et séparée de son compagnon, qui trouve ses faveurs. Cette serveuse croit le légionnaire célibataire mais se rend compte, au bout de plusieurs années, qu'il n'en est rien et décide de le quitter, selon ses proches. Elle disparaît le 29 novembre 2004 et n'a toujours pas été retrouvée. Francisco serait le dernier à l'avoir vu, même s'il dément. Entendu par la police, il a raconté avoir reçu un texto de Simone lui annonçant qu'elle le quittait. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de sa relation avec Marie-Josée.

Les femmes prennent une place particulière dans la vie du légionnaire. Les enquêteurs devront également déterminer le rôle d'une autre maîtresse de Francisco, espagnole cette fois, qu'il aurait appelé juste avant de se suicider. Selon la jeune femme, entendue par les enquêteurs, "Paco" lui a assuré qu'il n'avait rien à voir avec la disparition de sa femme et de sa fille.