"Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n'est pas chrétienne." C'est par ces mots que le pape François, de retour d'un voyage au Mexique le 18 février, a qualifié Donald Trump, le candidat à la primaire républicaine pour les présidentielles américaines. Une petite phrase qui n'a pas manqué de faire réagir l'intéressé, celui-ci jugeant "honteux" qu'un pape mette en doute la foi d'une personne.

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François Mabille, chercheur au CNRS dans le groupe Religions-Sociétés-Laïcités et professeur de sciences politiques, analyse pour metronews les propos du pape François, et les replace dans leur contexte d'élections américaines.

Le pape est-il dans son rôle lorsqu'il juge de la foi d'un croyant, en fonction de ses idées politiques ?
Rappelons que le pape n'a pas nommé précisément Donald Trump. Il a voulu rappeler des principes, peut-être de façon maladroite. Sa sortie peut être contre-productive car il s'adressait à un public américain. L'électorat de Donald Trump est populaire, nationaliste voire populiste, et chrétien plus que catholique. Et Donald Trump peut maintenant jouer sur cette fibre anti-pontificale. Les relations diplomatiques entre le Vatican et les Etats-Unis ne datent que de 1983, et longtemps les Etats-Unis se sont demandés si les Américains étaient d'abord américains ou chrétiens. C'est un aspect de la culture nord-américaine que le pape n'a pas pris en compte.

Le pape François donne l'impression de prendre parti dans la vie politique américaine. Déjà en septembre, devant le Congrès, il s'était montré plutôt pro démocrate...
Dans le contexte électoral américain, bien sûr qu'on a l'impression qu'il prend parti. Et de facto, il prend parti. Car s'il tient des propos qui s'inscrivent dans l'objet d'un débat (comme les migrants, ndlr), il y a forcément une réception politique de ses propos. C'est le contexte électoral qui explique cette réception politique. De tout temps, les papes ont pris des positions politico-éthiques. Quand il y a une prise de position papale, il peut nécessairement y avoir des interprétations politiques, mais elles sont non partisanes.

Est-ce que c'est normal pour un pape de faire de la politique aujourd'hui ?
C'est assez nouveau dans l'histoire contemporaine à vrai dire. Le pape François se situait ici dans la condamnation des idées, il jugeait une idéologie politique plus que des personnes. Il a rappelé des principes éthiques, mais qui ont eu des conséquences politiques dans ce contexte électoral américain.

Le déplacement au Mexique du pape peut-il peser dans la diplomatie internationale, notamment sur la question des migrants ?
Je ne le pense pas. Les prises de positions papales ne font qu'évoluer à la marge les électorats. Elles peuvent influencer à la marge auprès d'un certain électorat catholique. Et les gouvernements ne les prennent pas en compte. Le pape n'a pas de moyens de pression.

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