Matthieu Ricard fait partie des nombreux signataires du manifeste pour un nouveau statut juridique de l'animal en France. 

 Pourquoi avoir signé ce manifeste ?
Parce que c'est une réalité : les animaux sont des êtres sensibles, qui ont un droit naturel à ne pas souffrir, ou du moins à ce qu'on ne leur inflige pas de souffrance. Il faut être aveugle pour ne pas voir que les animaux ont des qualités identiques aux hommes : l'empathie, la bienveillance, le soin de l'autre... De ce fait, on ne peut pas les traiter tous comme des automates ou des objets.

Qu'est ce que cette reconnaissance pourrait impliquer ?
Reconnaître que ce sont des êtres sensibles implique des conséquences dans la manière dont on les traite. La maltraitance est déjà punie par la loi. Mais dès qu'il s'agit d'exploitation industrielle, la loi est très large. Par exemple, 20% des animaux envoyés à l'abattoir sont encore conscients au moment où on les dépèce. C'est inadmissible. Le fait de les considérer comme des objets, c'est une excuse facile pour les utiliser à notre gré. L'humain tue 1 milliard d'animaux terrestres et cinq fois plus d'animaux marins chaque année. Il faut voir la vérité en face. On ne peut pas avoir une société qui vise à plus d'éthique en laissant de côté tout un pan de la vie que sont les animaux.

Il faut donc loger tous les animaux à la même enseigne...
Bien sûr ! Ils sont tous des êtres sensibles, il faut les reconnaître tous comme tels. Personnellement, je ne fais pas la différence entre une vache et un chien. Les cochons sont sur certains points plus intelligents que les chimpanzés, par exemple. Et si les poissons n'ont pas d'expression faciale, ils ont un système nerveux qui fait qu'ils ressentent la douleur. Il ne faut pas le nier.

Comment la religion bouddhiste voit les animaux ?
Comme un être animé et sensible, qui n'a pas la même sophistication de l'homme - que l'on appelle l'intelligence - mais qui tout comme lui essaie d'éviter la souffrance et d'atteindre le bien être. Cette aspiration fondamentale doit être respectée. En ce sens, la non-violence vis-à-vis des animaux est une extension logique de celle que nous prônons pour les êtres humains.