A Dunkerque, la justice n'attend pas et peut même convoquer un individu en plein milieu de la nuit. Philippe Toulouse, délégué CGT à l'Association d'action éducative (AAE) de Dunkerque qui compte 300 salariés, a reçu une convocation l'invitant à se rendre au commissariat de la ville pour s'expliquer sur une enquête judiciaire. "Je suis allé à 01H00 du matin, avec des amis", où l'officier de police a reconnu "une erreur grave", a expliqué Philippe Toulouse.

"C'est une erreur sur l'horaire de sa convocation. Le fonctionnaire s'est trompé", a justifié le commandant Benoît Pinceel, chef d'état-major du commissariat de Dunkerque. Même excuse pour le procureur de la République de Dunkerque, Philippe Muller, qui parle "d'erreur de frappe". Selon lui, la convocation devait être fixée à 10h mais le fonctionnaire de police aurait inversé un chiffre en mettant le 0 derrière le 1.

Une convocation "non règlementaire"

Sauf qu'après avoir examiné la dite convocation, les justifications du procureur ne tiennent pas selon le syndicaliste. Le document publié sur France 3 Nord Pas-de-Calais montre que l'horaire de convocation est écrit à la main, sans erreur d'inversion possible. Contacté, le parquet n'a pas donné suite à nos appels. L'entourage précise aussi à la chaîne que de nombreuses erreurs rendent cette convocation "non règlementaire".

  • L'imprimé de convocation est "non-réglementaire", inutilisé depuis plusieurs années.
  • Le grade de l'officier devant auditionner Philippe Toulouse "n'est pas mentionné".
  • La convocation est signée par "un autre officier de Police" que celui devant mener l'audition.

L'AAE dans le viseur de la justice

"C'est de l'acharnement judiciaire", a déclaré Philippe Toulouse qui affirme avoir reçu "six convocations " depuis novembre, lorsque l'intersyndicale a porté plainte pour détournement de fonds publics au sein de l'AAE , notamment. "Il est poursuivi pour avoir utilisé une carte de paiement d'un majeur protégé à son profit", a expliqué le procureur, précisant que cette affaire "n'a strictement rien à voir" avec les autres enquêtes visant l'AAE .

L'association est en effet depuis quelques mois dans le viseur de la justice. Le 17 novembre 2011, un éducateur spécialisé de l'association s'était pendu après une sanction de sa direction. Deux autres employés ont depuis tenté de se suicider. Le parquet de Béthune a ouvert en juin une information judiciaire pour homicide involontaire, harcèlement moral et entrave au fonctionnement du comité d'entreprise et du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).