Echanger un enfant adopté comme un animal de compagnie. Impossible ? Apparemment non, en tout cas aux Etats-Unis. Inspiré justement du "private re-homing" (changement de foyer privé), qui s'adresse aux propriétaires d'animaux souhaitant s'en débarrasser, le "child exchange" permet à des parents adoptifs d'abandonner leur enfant à une autre famille. Au terme d'une longue enquête, la journaliste Megan Twohey de l'agence Reuters révèle le fonctionnement et les dérives de cette pratique ahurissante.

Utilisant les réseaux les plus en vue du web, tels Facebook ou Yahoo!, des groupes mettent en relation familles adoptives et familles adoptantes. Les annonces sont parfois très crues : "nous avons adopté une petite Chinoise de 8 ans. Malheureusement, c'est une épreuve de l'avoir depuis cinq jours à la maison" ou "j'ai totalement honte de le dire, mais nous détestons vraiment ce garçon". Cela n'empêche cependant pas les parents souhaitant se séparer de leur enfant de trouver preneur en dehors bien souvent d'un quelconque contrôle des services de protection de l'enfance. L'affaire peut ainsi se régler par simple acte notarial, qui délègue la responsabilité de l'enfant à un tiers. C'est ce qui est arrivé à une jeune Libérienne nommée Quita, dont la journaliste relate l'histoire.

Troubles psychiatriques et accusations d'abus sexuels

Depuis plus deux ans, les parents adoptifs de Quita, âgée de 16 ans, semblaient éprouver de grandes difficultés à élever la jeune fille chez qui on avait diagnostiqué des problèmes de comportements. Malgré ces troubles, un couple ne tarde pas à répondre à l'annonce. "Les gens qui m'entourent, trouvent que je suis géniale avec les gamins", met en avant une femme intéressée, Nicole Eason. L'échange ne tarde pas et est réglé en quelques heures. Mais le couple n'est pas aussi formidable que les parents adoptifs de Quita l'imaginent. Sujets à des problèmes psychiatriques et à une tendance violente, les Eason s'étaient vus retirer par le passé leurs deux enfants biologiques et avaient également été accusés d’abus sexuels en lien avec une activité de baby-sitting. Au terme de quelques semaines, la police a retrouvé Quita et l'a remise à ses parents adoptifs.

En ayant recours à cette pratique, les familles s'évitent les difficultés administratives associées à une adoption classique et récupèrent un enfant sans dépenser pour cela plusieurs dizaines de milliers de dollars. Des arguments qui poussent des centaines de personnes à consulter ces groupes sur internet. Suite à l'enquête de Reuters, l'ensemble des groupes créés sur Yahoo! ont été supprimés. Le réseau social Facebook s'est quant à lui refusé à le faire, arguant qu'"Internet est un reflet de la société".