Il faudra attendre mardi matin pour savoir comment le gouvernement compte sortir du piège de l'écotaxe. Les services de Matignon ont annoncé lundi que Jean-Marc Ayrault réunirait le lendemain à 10 heures les élus bretons, le préfet de région et les ministres concernés par ce dispositif fiscal. Une nuit de réflexion ne sera pas de trop : le Premier ministre, qui a désormais en main les propositions de Stéphane Le Foll (Agriculture) et de Frédéric Cuvillier (Transports), a fort à faire pour désamorcer la colère des professionnels bretons, ulcérés par une mesure censée s'appliquer aux poids-lourds dès le 1er janvier prochain.

On "ne peut pas revenir en arrière"

Quels concessions pourrait-il faire ? Une augmentation de la détaxe de 50% déjà accordée à la Bretagne ou un mécanisme permettant de mettre à contribution la grande distribution sont sur la table. Un nouveau report n'est pas non plus à exclure. Mais quels que soient les aménagements, le nouveau dispositif ne devrait pas satisfaire les protestataires. Le collectif à l'origine des manifestations a exigé lundi "la suppression pure et simple de l'écotaxe en Bretagne". "Il ne peut pas y avoir d'alternative, a appuyé le maire de Carhaix Christian Troadec (divers gauche). On ne va pas nous dire : on la retarde de deux ans ou les 100 premiers kilomètres gratuits ou payez en 10 fois comme chez Darty". Les élus UMP bretons ont de leur côté annoncé lundi soir qu'ils boycotteraient la réunion à Matignon. En ne manquant pas l'occasion de faire monter un peu plus la pression : "On n'en est plus au détail. Soit on retire l'écotaxe, soit on ne la retire pas".

Mais après sa nouvelle volte-face sur la taxation des PEL et PEA, le gouvernement peut difficilement reculer. "S'il cède, il ne faudra pas qu'il s'étonne qu'il n'y ait plus d'autorité sur rien", a mis en garde lundi le chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé. Pris dans la nasse de cette taxe déjà repoussée à deux reprises, les ministres pointent la responsabilité de l'ancienne majorité, qui en est à l'origine. On "ne peut pas revenir en arrière" car défaire le contrat avec la société chargée de la collecte de l'écotaxe, signé en 2011, "coûterait 800 millions d'euros", a ainsi assuré Stéphane Le Foll. "C'est la responsabilité des responsables précédents", a-t-il insisté. A son gouvernement, à présent, d'assumer la sienne.